Faux champagne : un vigneron marnais en aurait écoulé 800 000 bouteilles
Faux champagne : un vigneron marnais en aurait écoulé 800 000 bouteilles

Le tribunal correctionnel de Reims examine depuis hier mardi une affaire qui jette une ombre sur l’ensemble du secteur viticole. Didier Chopin, vigneron établi dans la Marne, est poursuivi pour avoir écoulé près de 800 000 bouteilles de faux champagne, élaboré à base de vins espagnols et ardéchois, dans un atelier situé dans l’Aisne. À cette fraude s’ajoutent des accusations d’escroquerie, d’usurpation d’appellation, d’abus de biens sociaux, et même de blanchiment d’argent.

Des bouteilles non traçables et une fraude organisée

À l’audience, le prévenu a reconnu ses « très grosses erreurs » tout en minimisant l’ampleur de la supercherie. Il estime lui-même avoir écoulé « 500 000 à 600 000 bouteilles », invoquant une pression contractuelle avec la centrale d’achat Scapest, qui fournit les enseignes E.Leclerc. Selon son avocat, cette dernière aurait été flouée à hauteur de 1,5 million d’euros. Les investigations ont révélé une organisation bien rodée mais fondée sur une comptabilité opaque. Une centaine de marques, en plus de celle de Didier Chopin, auraient servi à écouler ces produits frauduleux, parfois à l’international, notamment sous l’étiquette Stesson aux Pays-Bas. Faute de traçabilité, le Comité Champagne juge impossible d’évaluer précisément l’ampleur de la fraude.

Lanceuse d’alerte ou complice évincée ?

Le procès est aussi marqué par les accusations croisées entre l’entrepreneur et son ancienne responsable de site dans l’Aisne. Celle-ci, partie civile, est à l’origine du signalement aux autorités après avoir découvert les pratiques douteuses. Elle affirme avoir été menacée après avoir alerté, tandis que le prévenu l’accuse de chantage et d’avoir profité du système. Deux fois déboutée par les prud’hommes, elle conteste son licenciement pour faute grave et doit comparaître de nouveau en novembre. La compagne du vigneron, jugée à ses côtés, a reconnu sa participation aux manœuvres, expliquant avoir agi sous pression. Le couple est en instance de divorce.

Un homme aux multiples démêlés judiciaires

Au-delà de cette affaire viticole, Didier Chopin est visé par plusieurs plaintes pour violences sexuelles émanant d’ex-employées. Il a également connu des démêlés au Maroc, où il a été incarcéré en 2024 pour une affaire de chèques sans provision, en tentant d’y relancer une activité agricole et de restauration. Le volet douanier de l’enquête, lié aux exportations de faux champagne, sera examiné séparément en février 2026. Cette affaire illustre les limites des contrôles dans le secteur viticole et les difficultés à faire respecter les appellations d’origine sur les marchés français et internationaux.

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