L’audition des syndicats d’enseignants du privé devant la commission d’enquête a mis au jour un avantage pervers : mieux vaut souvent taire que dénoncer. Dans la foulée de l’affaire Bétharram, les représentants de la FEP-CFDT et de la CGT ont souligné que le schéma classique de signalement — enseignant → chef d’établissement → académie — agissait comme un véritable filtre, étouffant les alertes et prolongeant la souffrance des élèves.
Un voile de silence interne
Pour Valérie Ginet (FEP-CFDT), exposer un cas de violence, c’est « mettre en cause la réputation de l’école », avec des conséquences souvent lourdes pour le lanceur d’alerte. Delphine Bouchoux, du syndicat Snec-CFTC, a renchéri : si la loi impose le signalement aux autorités compétentes, dans la pratique, tout reste cantonné « en interne », à la discrétion du chef d’établissement. Or, celui-ci peut décider que « voir passer un dossier à la police ou à l’inspection ternirait l’image de l’école ». Conséquence : enquêtes retardées, procédures avortées et élèves exposés plus longtemps.
Face à ce constat, les syndicats du privé réclament la suppression de tout filtre hiérarchique et l’instauration d’une ligne directe vers l’inspection académique ou les services sociaux. Marie Troadec plaide en outre pour des modules de formation conjoints public-privé, et s’inquiète de l’inapplication de textes officiels, notamment autour de l’Evars. Pascale Picol (CGT) rappelle enfin que la lutte contre les violences scolaires « reste un chantier inachevé » et appelle à sortir du déni institutionnel pour protéger enfin les élèves.