À Kalynove, un petit village situé à seulement 15 kilomètres de la frontière russe, dans la région de Kharkiv, l’enfance d’Andrii et Maksym Tupkalenko n’a rien d’ordinaire. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, les jeux de ces deux frères de 8 et 6 ans ont changé de décor et de nature. Fini les voitures miniatures à la maison. Désormais, ce sont les pistolets en plastique et les postes de contrôle improvisés qui rythment leurs journées.
Autour d’eux, le terrain de jeu n’est plus une cour d’école mais un champ de bataille figé. Tranchées abandonnées, blindés carbonisés et maisons endommagées par les éclats d’obus sont les repères quotidiens de ces enfants. Leur mère, Varvara Tupkalenko, 30 ans, observe avec inquiétude cette enfance modelée par la guerre. « Ce sont des enfants touchés par la guerre », confie-t-elle, consciente des marques profondes que ce contexte laisse sur leur développement.
L’histoire des Tupkalenko illustre le sort de nombreuses familles vivant dans les zones de front, où la guerre a remodelé le tissu social et transformé les villages en zones quasi désertées. Fin mars, Kalynove ne comptait plus que six enfants, dont Andrii et Maksym. Depuis, d’autres familles ont fui, réduisant encore davantage la présence des plus jeunes dans cette communauté meurtrie.
Selon un rapport publié en février par l’ONG Save the Children, les enfants vivant dans ces régions subissent des séquelles invisibles : stress chronique, troubles émotionnels, difficultés d’apprentissage et une exposition accrue à la pauvreté. « C’est ainsi qu’une génération perdue devient une réalité », avertit l’organisation. L’ampleur des dégâts psychologiques ne cesse de croître à mesure que le conflit perdure.
Kalynove, autrefois village agricole paisible, conserve les stigmates des combats qui l’ont ravagé dans les premiers mois de l’invasion. Ses habitants vivent dans un entre-deux fragile, oscillant entre résilience et résignation, espérant que leurs enfants auront un jour l’occasion de vivre une enfance sans armes ni sirènes.
Pour Andrii et Maksym, la guerre est devenue le cadre banal de leur quotidien. Leurs jeux sont empreints de la réalité qu’ils observent, imitant soldats et contrôleurs, en attendant un retour à la paix qui tarde à venir. Leur histoire incarne, malgré elle, l’enfance volée de toute une génération ukrainienne.