En Espagne, Halloween s’impose face à une Toussaint en perte de vitesse (AP Photo/Manu Fernandez)
En Espagne, Halloween s’impose face à une Toussaint en perte de vitesse (AP Photo/Manu Fernandez)

Squelettes, fantômes et monstres ont envahi les rues espagnoles à la tombée de la nuit pour célébrer Halloween, tandis que, dès le lendemain matin, les plus âgés se rendaient dans les cimetières pour honorer leurs morts. Cette juxtaposition symbolise la transformation culturelle d’un pays où la tradition catholique de la Toussaint, autrefois empreinte de recueillement, cède peu à peu la place à une fête d’inspiration américaine, marquée par les déguisements, les bonbons et les citrouilles.

Dans de nombreuses villes, la sobriété du 1er novembre – où l’on nettoie les tombes et dépose des fleurs pour se recueillir est désormais éclipsée par la folie d’Halloween. Selon le sociologue José Bobadilla, spécialiste de la diversité religieuse, cette mutation découle d’un processus global de sécularisation et de mondialisation culturelle. « La culture américanisée influence toute l’Europe », explique-t-il, ajoutant que « cette fête gomme peu à peu l’idée qu’il s’agit d’un moment pour se souvenir de ceux qui ne sont plus parmi nous ».

Les cimetières se vident, les rues s’animent

Au cimetière de l’Almudena à Madrid, le plus grand d’Espagne avec cinq millions de sépultures, les premiers visiteurs sont arrivés dès l’aube, tandis que les vendeurs de fleurs tentaient d’attirer les retardataires. « Nous venons chaque année le 1er novembre », confie Alicia Sánchez, retraitée de 69 ans. « Halloween n’est pas notre fête, mais chacun ses traditions. » Pourtant, même ici, la fréquentation semble en déclin : Paz Sánchez, 87 ans, venue avec son fils, déplore le peu d’affluence. « Peut-être que les jeunes n’ont plus envie de se lever tôt pour venir au cimetière », soupire-t-elle.

Pendant ce temps, à Paracuellos de Jarama, à une trentaine de kilomètres de la capitale, Halloween bat son plein. Ce qui n’était qu’une petite initiative de voisinage il y a dix ans est devenu un événement majeur : rues décorées, passages hantés, citrouilles sculptées et centaines d’enfants criant « des bonbons ou un sort ! ». Miguel Izquierdo, 42 ans, a transformé sa maison en bateau pirate, distribuant trente kilos de friandises en deux heures. « C’est une fête pour les enfants, un moment de partage et de joie », explique ce père de famille.

Entre nostalgie et adaptation

Si certains Espagnols, comme Antonia Martín, 68 ans, participent désormais à Halloween pour faire plaisir à leurs petits-enfants, la nostalgie d’une époque plus spirituelle demeure. « Je ne déteste pas cette fête, mais elle ne fait pas partie de nos traditions », admet-elle. Entre le souvenir des défunts et la célébration du déguisement, l’Espagne oscille désormais entre recueillement et divertissement, un reflet fidèle d’une société en pleine mutation culturelle.

Que retenir rapidement ?

Squelettes, fantômes et monstres ont envahi les rues espagnoles à la tombée de la nuit pour célébrer Halloween, tandis que, dès le lendemain matin, les plu

Partager