Le 9 août 1982, en plein cœur du Marais, à Paris, un commando armé attaque le restaurant Jo Goldenberg, un établissement emblématique de la communauté juive situé rue des Rosiers. En à peine trois minutes, une grenade est lancée, des rafales sont tirées sur les clients, puis les assaillants disparaissent dans la foule. Le bilan est tragique : six morts et vingt-deux blessés. Pour la France, c’est un choc immense. Cet attentat, le plus meurtrier visant des civils juifs depuis la Seconde Guerre mondiale, marque une escalade du terrorisme international sur le sol français.
Une attaque ciblée au cœur du quartier juif
Lundi 9 août 1982, il est 13h15 lorsqu’un petit groupe d’hommes, armés de pistolets-mitrailleurs, surgit dans le restaurant Jo Goldenberg, en pleine heure de déjeuner. Après avoir lancé une grenade, ils ouvrent le feu sur les clients attablés. Ils ressortent, tirant encore dans la rue, semant la panique et la terreur. L’un des policiers intervenus est même blessé par erreur par le fils du restaurateur, qui le prend pour un des assaillants.
Très vite, la piste du terrorisme palestinien est évoquée. Le mode opératoire rappelle celui de plusieurs attaques récentes en Europe. L’enquête, confiée au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, se heurte pourtant à de nombreuses zones d’ombre. Malgré les indices, aucune revendication claire n’émerge. Il faut attendre plus de trente ans, en 2015, pour que la justice française émette des mandats d’arrêt contre trois membres présumés du Fatah-Conseil révolutionnaire, une faction dissidente et radicale du mouvement palestinien, dirigée par Abou Nidal.
Une affaire marquée par le silence, les mystères et la raison d’État
Dès les jours qui suivent l’attentat, la gestion politique de l’affaire suscite critiques et suspicions. Pour apaiser l’opinion, la cellule antiterroriste de l’Élysée tente d’accélérer l’enquête. Sous la direction du capitaine Paul Barril, elle procède à l’arrestation de trois militants nationalistes irlandais. Mais très vite, l’affaire se révèle être une manipulation : les preuves ont été fabriquées. L’affaire des « Irlandais de Vincennes » devient un scandale d’État.
Pendant des années, les proches des victimes dénoncent l’inertie judiciaire. Il faudra l’ouverture de nouvelles pistes, notamment grâce à d’anciens membres repentis du Fatah, pour relancer l’enquête. L’un des suspects, Walid Abou Zayed, est arrêté en Norvège et extradé vers la France en 2020. Quant au cerveau présumé, il sera brièvement détenu en Jordanie avant que son extradition ne soit rejetée.
Quarante ans plus tard, la mémoire des victimes reste vive. Le 9 août 2022, une cérémonie nationale rend enfin hommage aux morts et aux blessés. L’attentat de la rue des Rosiers reste, dans l’histoire contemporaine de la France, le symbole d’un terrorisme transnational longtemps ignoré, et d’un combat difficile pour la justice.