Dans l’affaire des braquages simultanés de deux boutiques de téléphonie à Taverny, les enquêteurs ont fini par remonter la piste jusqu’à un homme déjà incarcéré. Depuis sa cellule à la prison de Bois-d’Arcy, cet individu de 26 ans, bien connu des services de police, est soupçonné d’avoir tout organisé à distance. Recrutements, repérages, logistique : l’ensemble du scénario aurait été piloté par l’intermédiaire de Telegram, réseau crypté devenu terrain de chasse pour certains délinquants. Le 11 avril dernier, en plein après-midi, cinq individus vêtus de noir surgissent dans les enseignes SFR et Orange du centre commercial Les Portes de Taverny (Val-d’Oise). Ils sont armés de machettes, de bombes lacrymogènes et de scies japonaises. En quelques minutes, les réserves sont vidées, une trentaine de téléphones emportés. Les malfaiteurs repartent dans un monospace fraîchement acheté le matin même à Mantes-la-Jolie. L’opération a été aussi rapide qu’efficace. Les enquêteurs de la Division de la criminalité organisée et spécialisée du Val-d’Oise ne tardent pourtant pas à identifier les premiers suspects.
Un réseau éclaté, des profils isolés, une coordination numérique
Au fil des semaines, dix personnes ont été interpellées. Parmi elles, cinq sont soupçonnées d’avoir participé directement au coup de Taverny. Trois majeurs et deux mineurs, qui auraient tous répondu à des annonces diffusées sur Telegram. Aucun lien préexistant entre eux, aucun passé commun. Une simple consigne : se retrouver à une heure précise devant le centre commercial pour un braquage coordonné. Les premiers éléments de l’enquête indiquent que chacun avait un rôle précis. L’un s’était chargé de l’achat du véhicule, d’autres de la logistique et de l’achat des armes blanches. Plusieurs suspects ont été présentés à un juge d’instruction à Pontoise puis placés en détention provisoire dès le 16 mai. Deux d’entre eux sont accusés d’avoir tenu les machettes pendant l’assaut, les autres auraient géré les opérations en coulisse. Au mois de juin, deux nouveaux suspects sont identifiés. L’un est déjà incarcéré pour une autre affaire. C’est à ce moment que les policiers remontent jusqu’au commanditaire. Ce dernier, incarcéré à Bois-d’Arcy, serait également impliqué dans deux autres attaques similaires dans les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne. L’enquête se poursuit pour déterminer l’ampleur du réseau, les éventuelles complicités internes et les moyens par lesquels les instructions ont pu sortir de prison. Ce dossier illustre une fois encore la capacité de certains détenus à diriger des opérations criminelles de l’extérieur, profitant des failles numériques et de la porosité de certains réseaux cryptés.