Cinq ans après l’attaque au couteau qui avait semé la terreur à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, le procès d’Abdallah O. s’ouvre lundi 27 octobre devant la cour d’assises spéciale de Paris. Le réfugié soudanais de 38 ans, souffrant de troubles psychiatriques sévères, est poursuivi pour « assassinats et tentatives d’assassinats terroristes ». Il encourt jusqu’à trente ans de réclusion criminelle si son discernement est reconnu comme altéré.
Un samedi de confinement qui vire au carnage
Le 4 avril 2020, en plein confinement, Abdallah O. avait pris un couteau et attaqué au hasard plusieurs passants et commerçants dans le centre de Romans-sur-Isère. En quelques minutes, deux hommes perdaient la vie : Thierry N., 54 ans, client d’une boucherie, et Julien V., 43 ans, commerçant. Cinq autres personnes étaient grièvement blessées avant que l’assaillant ne soit interpellé. Les témoins décrivaient un homme « au regard vide », « calme », « comme hypnotisé ». Aucun mot, aucune revendication sur le moment. Mais les enquêteurs retrouveront sur son téléphone des images et écrits liés à la propagande jihadiste. La veille du drame, il aurait publié des messages justifiant son passage à l’acte au nom d’une idéologie islamiste radicale.
Entre folie et fanatisme, un procès sous tension
L’état mental de l’accusé sera au cœur du procès. Trois expertises psychiatriques ont abouti à des conclusions divergentes. Deux d’entre elles évoquent une « altération du discernement », laissant la voie ouverte à une condamnation pénale. Une troisième, en revanche, a conclu à son « abolition totale », estimant que l’homme présentait un « délire de persécution », accompagné d’une anxiété extrême et d’un sentiment dépressif profond. Selon l’instruction, ce déséquilibre psychique se serait combiné à son isolement et au traumatisme du déracinement, aggravé par le contexte du confinement. Les juges ont relevé qu’il n’était « pas avéré que le trouble mental soit le seul facteur déclencheur » : l’idéologie islamiste, dans laquelle il s’était immergé, aurait également pesé dans sa décision de tuer.
Une justice sans jurés pour un crime hors norme
Comme dans tous les dossiers terroristes, le procès se tiendra devant une cour d’assises spéciale composée uniquement de magistrats professionnels. Il devrait durer jusqu’au 7 novembre. Les débats s’annoncent denses et complexes, entre la question de la responsabilité pénale et celle de la radicalisation. Depuis sa détention, Abdallah O. dit ne plus se souvenir des faits, affirmant avoir agi sous l’emprise de « voix » lui ordonnant de « se délivrer ». Son procès tentera de répondre à une question centrale : ce 4 avril 2020, l’homme était-il un terroriste conscient de ses actes ou un malade plongé dans le délire ? Pour les familles des victimes, le verdict devra avant tout redonner un sens à l’injustice d’un matin où, dans une ville confinée et silencieuse, la folie et la terreur s’étaient brusquement mêlées.