Âgé de 23 ans, un étudiant domicilié à Montmagny (Val-d’Oise) a été condamné mardi soir par le tribunal correctionnel de Pontoise à dix-huit mois de prison avec sursis, pour avoir fraudé Amazon à hauteur de 110 000 euros. Entre juin 2021 et janvier 2024, le jeune homme avait mis au point un stratagème sophistiqué pour contourner le protocole de sécurité des Amazon lockers, ces casiers connectés permettant de retirer ses colis en toute autonomie. Profitant d’une faille technique non divulguée, Yannick (prénom modifié) parvenait à ouvrir les lockers sans laisser de trace, retirait la marchandise — principalement du matériel high-tech de marque Apple — et replaçait dans le casier les cartons vides. Au bout de trois jours, selon les conditions générales de vente, Amazon constatait un non-retrait du colis… et procédait automatiquement au remboursement. Une manœuvre répétée plusieurs dizaines de fois, en toute discrétion.
Pour couvrir ses traces, l’étudiant ouvrait des comptes bancaires sous de fausses identités, parfois usurpées, et commandait à répétition des produits de valeur. En décembre 2023, le géant de l’e-commerce, après avoir repéré une succession anormale de remboursements liés à des colis jamais réceptionnés mais systématiquement signalés comme « hardware problem » (défaillance technique), avait décidé de déposer plainte. Très vite, l’enquête menée par les policiers du commissariat d’Ermont permet d’identifier Yannick, et de faire le lien avec quatre autres identités frauduleuses.
Le montant total du préjudice grimpe à plus de 111 000 euros. Il faudra aussi y ajouter le fruit de la revente clandestine des objets dérobés. En garde à vue, le jeune homme reconnaît les faits, sans pour autant dévoiler sa méthode exacte pour forcer l’ouverture des casiers. Il admet avoir procédé par essais successifs, jusqu’à réussir à contourner le système. Il évoque également une tentative de recrutement de la part d’un réseau démantelé fin 2023 par les gendarmes de L’Isle-Adam, qui avait, selon les enquêteurs, fraudé Amazon à hauteur de 470 000 euros grâce à une technique similaire.
Une peine avec sursis et un remboursement intégral
À l’audience, le procureur avait requis douze mois de prison, dont six ferme. Finalement, le tribunal condamne l’étudiant à dix-huit mois avec sursis, assortis d’une amende de 5 000 euros, et surtout de l’obligation de rembourser l’intégralité du préjudice à Amazon. Une décision lourde de conséquences pour celui qui vivait encore chez ses parents et menait, jusque-là, une vie apparemment ordinaire. Si cette affaire met en lumière les vulnérabilités potentielles du système logistique d’Amazon, elle témoigne aussi d’une sophistication croissante dans les escroqueries numériques, parfois menées par des individus isolés, capables de tirer profit d’une simple faille technique pour détourner des sommes considérables.