À Reignac, l’ogre vivait dans la maison aux murs de parpaings
À Reignac, l’ogre vivait dans la maison aux murs de parpaings

Personne ne savait vraiment qui il était. Christophe B., 55 ans, vivait à l’écart, dans une bâtisse repliée sur elle-même, ceinte de murs qui ne laissaient rien filtrer. Un habitant lambda ? Peut-être. Jusqu’à ce que l’horreur explose, projetant sur le devant de la scène judiciaire un suspect désormais mis en examen pour viols, actes de torture et de barbarie. Dans ce dossier qualifié de tentaculaire, les enquêteurs dépeignent un univers libertin basculant dans la violence non consentie, avec cinq victimes déjà identifiées, des scènes filmées, et une quarantaine de participants concernés. À Reignac, village girondin de 1 600 habitants adepte de tranquillité, la sidération est totale. Ce que l’on croyait être une vie recluse cachait en réalité un terrain de chasse bien plus sinistre que les enclos à oies et les battues à la palombe.

Un voisin fantôme devenu figure de cauchemar

Les récits se recoupent, glaçants dans leur banalité. Le maire, en poste depuis des années, reconnaît qu’il connaissait à peine l’homme. Il se souvenait d’un électeur occasionnel, discret, jamais vu au marché ni aux fêtes de village. Une maison sans visibilité, un chien, des allées et venues sans visage. Même au centre-bourg, on peine à lui associer un nom. La gérante du tabac-presse, qui connaît pourtant ses habitués, assure ne pas l’avoir remarqué. Des clients lui auraient bien décrit sa demeure, facilement repérable par ses murs hauts et son isolement, mais rien ne laissait présager les faits évoqués aujourd’hui. Une habitante, passant quotidiennement devant sans savoir qui y vivait, a confié son effroi — d’autant plus qu’elle élève deux enfants à quelques mètres de là.

La façade du chasseur poli, les coulisses d’un prédateur

L’homme ne vivait pas reclus de tous : dans les cercles de chasse, il avait ses habitudes. Il participait aux repas, élevait des oiseaux, discutait gibier. Une habituée de ces rencontres l’a décrit comme quelqu’un de poli mais malaisant, sans pouvoir mettre le doigt sur ce qui clochait. D’autres se rappellent de compagnes aperçues, l’une ayant même tenté une candidature pour le recensement municipal, puis une autre, mère d’un enfant scolarisé localement. Les enquêteurs dressent un portrait bien plus inquiétant : celui d’un homme orchestrant des scènes sexuelles d’une extrême violence, impliquant d’autres hommes et filmées à son domicile. À ce jour, quatre autres suspects ont été placés en garde à vue. Le maire, quant à lui, n’a été contacté qu’après coup — non pour être informé de l’affaire, mais pour trouver une solution d’accueil pour le chien. À Reignac, le vernis a craqué. L’incompréhension le dispute à la colère. Certains découvrent les faits via les réseaux, d’autres dans la presse. Tous se demandent comment l’enfer a pu se tapir derrière les murs de la maison de l’Eau Morte. Christophe B., placé en détention provisoire à Gradignan, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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