À Paris, un journaliste judiciaire et un commandant de police rattrapés par un soupçon de corruption
À Paris, un journaliste judiciaire et un commandant de police rattrapés par un soupçon de corruption

C’est une affaire qui fait désordre dans un milieu déjà accusé de tous les maux. Un journaliste judiciaire et un commandant de police aujourd’hui à la retraite ont été mis en examen à Paris pour corruption, détournement de fichiers et violation du secret professionnel, avec aussi un volet de recel. Les deux hommes ont été placés sous contrôle judiciaire: pour le premier, interdiction d’écrire sur des enquêtes judiciaires en cours, pour le second, interdiction d’exercer comme policier, mesure devenue surtout symbolique puisque sa défense rappelle qu’il a quitté la vie active.

Au centre du dossier, un soupçon très concret: de l’argent contre des informations. Les enquêteurs, en analysant les comptes bancaires, évoquent des retraits jugés suspects sur celui du journaliste, effectués peu avant ou peu après des rendez-vous avec le policier, et des dépôts d’espèces importants sur le compte de ce dernier. Le journaliste concerné, Stéphane Sellami, aujourd’hui à Paris-Match et passé par BFMTV, Le Journal du dimanche, L’Équipe, Le Point ou Le Parisien, n’a pas répondu aux sollicitations et son avocat s’est refusé à commenter.

Quand l’information circule plus vite que la procédure

Quand l’information circule plus vite que la procédure Le point de départ remonte à novembre 2022, avec la plainte du chef pâtissier Yazid Ichemrahen après sa garde à vue dans une affaire de soupçons de fraude à l’assurance. Quelques heures après, des détails des investigations apparaissent dans un article signé Stéphane Sellami, ce qui intrigue le plaignant, d’autant qu’il affirme découvrir dans la presse des éléments qu’il ne connaissait pas lui-même. L’IGPN, saisie dans ce contexte, cherche alors à comprendre comment des informations aussi sensibles ont pu sortir aussi vite, alors que rien n’avait encore été transmis au parquet.

Selon les éléments rapportés dans ce dossier, le journaliste aurait ensuite tenté en avril 2023 de convaincre le pâtissier de retirer sa plainte, en évoquant une longue interview en contrepartie, proposition refusée. Une phrase attribuée au journaliste, «avec le bon prix on peut obtenir ce qu’on veut», est citée dans ce contexte. De son côté, l’avocate du policier conteste l’existence d’un «pacte corruptif» et assure qu’aucun avantage n’est caractérisé, tout en indiquant que son client n’a rien perçu dans sa relation avec le journaliste.

L’affaire dépasse le duel entre un reporter et un ancien gradé, parce qu’elle touche aussi des plaignants qui disent avoir été broyés une seconde fois. Une femme ayant porté plainte pour viol affirme que des éléments de sa plainte ont été publiés sans son accord et sans qu’elle ait été contactée, avec à la clé un «second traumatisme» décrit comme violent. Dans ce dossier, le policier aurait reconnu avoir transmis des informations confidentielles tout en niant avoir été payé, tandis que le journaliste nie avoir rétribué sa source… et la justice, elle, poursuit son travail, avec un débat qui revient toujours: jusqu’où peut aller la course au scoop sans piétiner le secret, les victimes et, au passage, la confiance du public.

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