L’élan suscité par l’idée d’un « moment mondial » de l’euro, censé renforcer son rôle sur la scène financière internationale, semble s’essouffler face aux divisions politiques au sein de l’Union européenne, selon plusieurs analystes et responsables européens.
Depuis que la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, a exhorté en mai les dirigeants européens à saisir l’occasion créée par l’affaiblissement du dollar sous l’effet des politiques commerciales de Donald Trump, les espoirs d’un euro plus influent se sont accrus. Elle avait alors appelé à « joindre le geste à la parole » et à engager des réformes structurelles pour asseoir la monnaie unique comme véritable alternative mondiale.
Cette vision s’inscrivait dans la continuité des propositions radicales formulées par son prédécesseur, Mario Draghi, qui plaidait pour une intégration financière et budgétaire accrue en Europe. L’objectif : donner à l’euro la profondeur et la stabilité nécessaires pour concurrencer durablement le dollar.
Mais les divergences persistantes entre États membres freinent les avancées. Certains gouvernements hésitent à céder davantage de souveraineté budgétaire, tandis que d’autres craignent que des réformes trop ambitieuses ne fragilisent leur économie. Résultat : malgré une conjoncture qui semblait favorable, les réformes attendues tardent à se concrétiser.
Dans ce contexte, les gestionnaires de réserves mondiales continuent de rechercher des alternatives au dollar, mais l’euro peine à s’imposer comme une valeur de référence incontestable. Les limites de l’intégration européenne, déjà mises à rude épreuve par les crises récentes, apparaissent comme un frein majeur à cette ambition.
L’« euro moment », conçu comme une opportunité historique de rééquilibrer les rapports monétaires mondiaux, risque ainsi de rester un rendez-vous manqué si les divisions politiques internes ne sont pas surmontées rapidement.