Creusée à une profondeur rarement atteinte pour une infrastructure de transport, baignée de lumière naturelle et pensée comme un espace à vivre autant qu’un lieu de passage, la gare Villejuif–Gustave-Roussy s’est imposée sur la scène internationale. Située aux portes sud de Paris, cette gare du Grand Paris Express vient d’être distinguée comme la plus belle gare du monde, une consécration qui dépasse largement le simple geste architectural. Attribué début décembre à Paris, au siège de l’UNESCO, le Prix Versailles 2025 a départagé sept projets majeurs issus de grandes métropoles mondiales. Des gares implantées à Sydney, Riyad, Mons ou Canton figuraient parmi les finalistes. C’est pourtant le chantier francilien qui a retenu l’attention du jury, salué pour sa capacité à transformer une infrastructure souterraine en manifeste urbain. Inaugurée au début de l’année 2025, peu après la mise en service du prolongement sud de la ligne 14, la gare incarne une nouvelle génération d’équipements publics où la fonctionnalité dialogue avec une ambition esthétique assumée. Cette distinction internationale a été présentée comme la reconnaissance d’un projet collectif, porté par une vision urbaine audacieuse. Elle récompense à la fois une architecture spectaculaire et une manière renouvelée de penser la place de la gare dans la ville, non plus comme un simple nœud de circulation, mais comme un espace structurant du quotidien métropolitain.
Un puits de lumière à cinquante mètres sous terre
L’un des paris majeurs du projet consistait à faire oublier aux voyageurs qu’ils se trouvent à près de cinquante mètres sous le niveau du sol. L’architecte Dominique Perrault, déjà connu pour des réalisations emblématiques à Paris, a fait de la lumière l’élément central du dispositif. Le cœur de la gare est organisé autour d’un vaste cylindre de soixante-dix mètres de diamètre, creusé sur neuf niveaux, formant un puits monumental ouvert vers le ciel. L’utilisation massive de l’inox, travaillé dans des jeux de reflets et de transparence, accentue cette impression de verticalité et de respiration. Depuis chaque niveau, le regard est naturellement attiré vers la lumière naturelle, tandis que les ascenseurs, escaliers mécaniques et passerelles semblent flotter dans l’espace. L’effet recherché est clair : dissoudre toute sensation d’enfermement et transformer la descente en expérience presque contemplative. Cette dimension immersive est renforcée par une œuvre artistique intégrée à l’architecture. Un dispositif lumineux conçu par un artiste contemporain utilise la lumière comme matériau principal, proposant un cadran solaire futuriste composé de dizaines de caissons lumineux, évoquant les astres et le passage du temps au plus profond de la gare.
Un pôle urbain stratégique aux portes de Paris
Au-delà de sa prouesse visuelle, la gare Villejuif–Gustave-Roussy joue un rôle central dans la recomposition du sud parisien. Mise en service sur la ligne 14 en janvier 2025, elle améliore nettement la desserte du Val-de-Marne, tout en facilitant l’accès à l’aéroport d’Orly. Elle constitue également un lien direct avec l’Institut Gustave-Roussy, centre de référence européen dans la lutte contre le cancer. Pensée comme un pôle urbain à part entière, la gare s’inscrit au cœur d’un nouvel écoquartier, à proximité immédiate d’un vaste espace vert. Plusieurs accès ouverts sur la ville, des commerces et services accessibles sans titre de transport, ainsi qu’un important stationnement pour les vélos traduisent la volonté d’en faire un lieu ouvert et vivant. L’arrivée programmée de la ligne 15 Sud à l’horizon 2026-2027 devrait encore renforcer son rôle stratégique, avec une fréquentation quotidienne estimée à près de cent mille voyageurs. À Villejuif, la plus belle gare du monde ne se contente plus de faire passer, elle donne envie de s’arrêter.