Stains : Deux condamnations à vingt ans de prison après un double meurtre, trois accusés finalement acquittés
Stains : Deux condamnations à vingt ans de prison après un double meurtre, trois accusés finalement acquittés

Six ans après les tirs de Kalachnikov qui avaient endeuillé le Clos Saint-Lazare, la cour d’assises de Seine-Saint-Denis a rendu un verdict attendu mais explosif. Deux hommes, Souleymane Care et Moussa Baradji, ont été condamnés à vingt ans de réclusion criminelle pour meurtres en bande organisée. Trois autres prévenus ont été acquittés au terme d’un procès fleuve de plus de trois semaines. Dans une salle surchauffée, où policiers armés et familles s’entremêlaient, la décision a déclenché cris et insultes, témoignant de la tension extrême entourant ce dossier marqué par les rivalités de quartier et une enquête souvent contestée.

Un règlement de comptes et une procédure sous suspicion

La nuit du 16 juillet 2019 reste gravée dans les mémoires du quartier. Vers minuit, un scooter s’approche d’une Twingo. À l’arrière, un tireur ouvre le feu à l’arme de guerre. Bakari T., 27 ans, meurt en s’écroulant dans le hall de son immeuble. Son frère Dembo, 24 ans, est blessé. Leur ami Soriba M., 26 ans, décède aussi. Pour l’accusation, les faits relèvent d’« exécutions préparées », sur fond d’humiliation publique, filmée puis diffusée, qui aurait poussé Souleymane Care à vouloir « laver l’affront ». Les avocates générales réclamaient jusqu’à 30 ans de réclusion. Mais à la barre, les prévenus ont nié en bloc, évoquant une enquête bâtie sur des rumeurs, des dénonciations anonymes et des rapprochements téléphoniques jugés trop fragiles pour établir une participation directe.

Les avocats de la défense ont dénoncé des « poussettes », ces pratiques consistant à orienter l’enquête vers des noms circulant dans le quartier, sans confrontation réelle avec certains témoins. L’un d’eux, présenté comme essentiel, n’a jamais pu être retrouvé pour le procès. Les acquittements prononcés traduisent ces failles, notamment celui de Mamadou D., faute d’éléments suffisamment solides pour établir son implication dans la remise de l’arme.

Un verdict qui laisse un quartier meurtri et des familles opposées

Si deux condamnations lourdes ont été prononcées, d’autres accusés sont repartis libres, à l’image de Valentin D.S., un temps désigné comme le conducteur du scooter. Le seul à écoper d’une peine moindre, trois ans de prison, l’a été pour recel du véhicule d’exfiltration, une Mini Cooper retrouvée avec des traces ADN. Le verdict, entre fermeté et acquittements, laisse planer un goût d’inachevé pour les proches des victimes comme pour ceux des condamnés, qui contestent toujours la version retenue par l’accusation.

Au-delà de la salle d’audience, cette affaire met en lumière la difficulté à démêler les fils d’un règlement de comptes en banlieue où circulent armes, rivalités anciennes et peurs sociales. Elle rappelle aussi la complexité des enquêtes menées dans des quartiers où la rumeur va plus vite que la procédure et où l’absence de témoins directs, souvent tétanisés, laisse la justice avancer dans une pénombre que les verdicts ne dissipent jamais complètement.

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