Dix ans après le lancement du premier programme de prévention des inondations (PAPI 1), le littoral picard peine à transformer les promesses en protections concrètes. À un an de son échéance, élus et habitants constatent avec amertume que rien n’a encore été engagé sur le terrain. Malgré un budget validé, des études lancées et des projets identifiés, pas un seul chantier n’a véritablement démarré. Une situation que certains jugent intenable face à l’urgence climatique et au recul accéléré du trait de côte.
Des fonds mobilisés, mais des chantiers à l’arrêt
« On n’a toujours pas donné un coup de pioche », résume Francis Gouesbier, maire de Saint-Quentin-en-Tourmont. Un constat partagé au sein de la communauté de communes du Ponthieu-Marquenterre, pourtant engagée à hauteur de 1,8 million d’euros dans ce programme. De son côté, le Syndicat Mixte Baie de Somme Grand Littoral Picard tente de rassurer : des études ont été menées, les autorisations de travaux sont en cours, mais les contraintes administratives ralentissent tout. Pour Claude Hertault, président de la communauté de communes, le diagnostic est clair : « Ce sont des projets réalisables, mais la lourdeur des démarches nous freine. Et on porte aussi une part de responsabilité. » Sur les 70 actions prévues dans le plan – pour un montant global de 55 millions d’euros – rien n’a encore vu le jour. Parmi les chantiers emblématiques attendus figure la construction d’un muret de protection au Crotoy, budgété à 2,6 millions d’euros. Mais là aussi, les premières pierres restent hypothétiques. Dans le même temps, plusieurs communes doivent faire face au recul du trait de côte. Saint-Quentin-en-Tourmont, seule initialement à vouloir s’inscrire au registre national, a fini par être rejointe par Quend et Fort-Mahon. Le Crotoy, lui, reste à l’écart. Pourtant, ce dispositif permet de financer jusqu’à 80 % des études préalables, même s’il ne garantit pas encore de subventions pour les travaux de protection comme les enrochements, pourtant largement plébiscités.
L’urgence gronde, les élus réclament des moyens concrets
Les conséquences du retard se font déjà sentir. À Fort-Mahon, la commune dépense chaque année près de 300 000 euros pour déplacer du sable d’un bout à l’autre de la plage, dans l’attente de solutions plus durables. Une nouvelle butte de protection, faite de géotextile et de rochers, est envisagée mais reste à financer. Sur d’autres secteurs, les permis de construire délivrés il y a plusieurs décennies en bord de mer, sans aucune mesure de précaution, interrogent. « Une erreur », concèdent certains élus. « On ne demande pas des miracles, mais de la visibilité », résume Éric Kramer, élu à Fort-Mahon. La deuxième édition du programme, prévue pour 2026-2030, est censée être celle des travaux. Reste à savoir si l’outil administratif saura enfin se transformer en digues, murs ou remblais visibles. Car pendant que les procédures s’empilent, les vagues, elles, continuent d’avancer.