La plus grande banque française traverse une tempête judiciaire et boursière. Ce lundi matin, l’action BNP Paribas a décroché de près de 8 % à Paris, à 69,10 euros, enregistrant sa plus forte chute depuis mars 2023. En cause : un verdict rendu vendredi par un jury fédéral à Manhattan, qui a jugé la banque coupable d’avoir aidé le régime soudanais d’Omar el-Béchir à contourner les sanctions américaines. Le tribunal a condamné BNP Paribas à verser 20,5 millions de dollars, soit 17,6 millions d’euros, à trois plaignants soudanais ayant témoigné des exactions commises par le régime entre 1997 et 2011. Cette décision pourrait ouvrir la voie à une avalanche de poursuites : les avocats des victimes estiment que plus de 20 000 réfugiés soudanais vivant aux États-Unis pourraient à leur tour réclamer des dommages et intérêts à la banque.
Un verdict explosif aux répercussions mondiales
Le procès visait à déterminer si les services financiers fournis par BNP Paribas avaient contribué, directement ou indirectement, aux crimes du régime soudanais. Washington avait déjà qualifié en 2004 les violences dans la région du Darfour de génocide. Les jurés américains ont estimé que la banque avait facilité, par ses transactions, le financement d’un gouvernement responsable de violations massives des droits humains. La banque conteste vigoureusement cette lecture. Dans un communiqué publié lundi, elle affirme que le verdict est « manifestement erroné » et qu’il « ignore des éléments de preuve essentiels » que la défense n’a pas été autorisée à présenter. BNP Paribas a annoncé son intention de faire appel et de « contester par tous les moyens légaux » la décision, en insistant sur le fait que ce jugement « concerne uniquement trois plaignants et ne saurait avoir de portée plus large ».
Inquiétudes sur les marchés et retombées politiques
La réaction des marchés ne s’est pas fait attendre. Les analystes évoquent la crainte d’un effet boule de neige si de nouvelles plaintes venaient à être déposées. Un trader parisien résume : « Ce n’est pas tant le montant du jugement qui inquiète, mais le risque d’un précédent judiciaire massif. » Le contexte n’arrange rien : la dégradation surprise, vendredi, de la note de crédit de la France par S&P Global a déjà pesé sur le secteur bancaire. Société Générale reculait également lundi matin, perdant 1,15 %. BNP Paribas, déjà condamnée en 2014 à une amende record de 8,9 milliards de dollars pour violation d’embargos américains, voit ainsi ressurgir un passé lourd de conséquences. Ce nouvel épisode illustre la fragilité des grandes banques face aux contentieux extraterritoriaux américains, où justice, politique et finance se mêlent dans un climat explosif.