Scène de soulagement et d’espoir à la gare principale du Caire, où des familles soudanaises déplacées par plus d’un an de guerre civile attendaient, valises à la main, leur train gratuit pour Assouan. De là, des bus les reconduiront vers Khartoum, leur ville natale, désormais de nouveau sous contrôle des forces armées régulières soudanaises après des mois de combats contre les Forces de soutien rapide (RSF).
Ce retour massif, coordonné par les autorités égyptiennes en partenariat avec le gouvernement soudanais, marque une étape symbolique dans le long conflit qui a déchiré le Soudan depuis avril 2023. À l’époque, la rivalité entre l’armée dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan et les RSF du général Mohamed Hamdan Dagalo avait plongé le pays dans le chaos, forçant plus de 10 millions de personnes à fuir, dont des centaines de milliers vers l’Égypte.
Les réfugiés interrogés sur le quai évoquent tous la même chose : un désir ardent de retrouver leur maison, même détruite, et une vie « normale ». « Nous n’avons plus rien, mais nous avons Khartoum », confie une femme accompagnée de ses trois enfants, des sacs de vêtements empilés à ses pieds. « C’est chez nous. » Pour nombre de ces familles, le retour est motivé autant par le besoin de stabilité que par les difficultés de la vie en exil : logement précaire, ressources limitées, et statut juridique incertain.
Le redéploiement de l’armée dans la capitale, amorcé au début de l’année 2025, a progressivement renversé l’équilibre militaire, permettant de reprendre le contrôle de zones stratégiques autrefois aux mains des RSF. Bien que la situation sécuritaire reste fragile, les autorités affirment que Khartoum est désormais suffisamment stable pour accueillir les rapatriés.
Le gouvernement égyptien, qui avait accueilli plus de 400 000 réfugiés soudanais sur son sol depuis le début du conflit, soutient le retour volontaire par un dispositif de transport gratuit et l’assistance logistique jusqu’à la frontière. Les Nations unies ont salué cette initiative tout en appelant à la prudence, rappelant que de nombreux quartiers de Khartoum restent détruits, et que l’accès à l’eau, à l’électricité et aux soins demeure limité.
Alors que le Soudan s’achemine lentement vers une possible stabilisation, le retour de ces familles déplacées souligne l’ampleur du défi humanitaire à venir : reconstruire un pays traumatisé par la guerre et raviver une capitale exsangue. Pour ceux qui remontent dans les wagons ce jour-là, c’est malgré tout un nouveau départ.