Une analyse approfondie du Corps des ingénieurs de l’armée américaine a conclu que la construction d’un tunnel destiné à abriter un pipeline sous les Grands Lacs aurait des conséquences environnementales « vastes » et potentiellement dévastatrices. Ce projet, porté par la société canadienne Enbridge, vise à relocaliser une section controversée de l’oléoduc Line 5 sous le détroit de Mackinac, dans le Michigan, afin de la sécuriser.
Le rapport, publié vendredi, marque une étape majeure dans l’évaluation du projet et pourrait en compromettre l’avenir. L’étude estime que la construction du tunnel, longue de plusieurs années, entraînerait une perturbation importante de l’écosystème local, notamment par l’excavation de millions de tonnes de matériaux, des risques accrus de pollution des eaux et la déstabilisation de zones humides sensibles.
Line 5 est un pipeline vieux de 70 ans qui transporte quotidiennement plus de 2,5 millions de litres de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié depuis le Canada jusqu’au sud des États-Unis, en passant sous le détroit qui relie le lac Michigan au lac Huron. Son tracé actuel, jugé vulnérable et obsolète, a alimenté des inquiétudes croissantes de la part d’organisations écologistes, de groupes autochtones et du gouvernement du Michigan, qui réclame sa fermeture depuis plusieurs années.
Enbridge affirme que le tunnel réduirait considérablement les risques de fuites en isolant l’infrastructure sous le lit rocheux du détroit. La société a déclaré avoir investi des millions de dollars dans des études environnementales préliminaires et s’engage à respecter les normes de sécurité les plus strictes. Elle soutient que Line 5 est crucial pour l’approvisionnement énergétique du Midwest américain et de l’Ontario.
Mais l’analyse de l’armée remet en question l’argument de sécurité avancé par l’entreprise. Elle suggère que des solutions alternatives, comme la réorientation du pétrole par d’autres voies terrestres ou maritimes, devraient être examinées plus sérieusement avant d’autoriser les travaux.
L’étude ouvre désormais une période de consultation publique cruciale. Des audiences seront organisées dans les semaines à venir afin de recueillir les avis des citoyens, des experts et des parties prenantes. La décision finale d’octroyer ou non un permis à Enbridge pour creuser le tunnel reviendra au Corps des ingénieurs, en coordination avec les agences fédérales de l’environnement.
Ce dossier emblématique met en lumière les tensions croissantes entre besoins énergétiques, engagement climatique et protection des écosystèmes fragiles. Il pourrait également devenir un enjeu politique sensible à l’approche des élections de 2026 aux États-Unis et au Canada.