Sous la coupole des Nations Unies à Genève, près de 180 pays ont entamé ce mardi un nouveau cycle de négociations pour aboutir à un traité juridiquement contraignant contre la pollution plastique. Ce texte, discuté depuis trois ans et déjà torpillé fin 2024 à Busan par un bloc de pays producteurs de pétrole, pourrait marquer un tournant historique dans la régulation de cette crise environnementale planétaire. À l’ouverture des débats, le président équatorien de la session, Luis Vayas Valdivieso, a placé les États face à leurs responsabilités : « L’urgence est réelle, la preuve est claire et la responsabilité repose sur nous. » Pour ce diplomate aguerri, obtenir un traité ne sera ni simple ni rapide, mais reste indispensable pour enrayer les effets délétères du plastique sur les océans, la biodiversité, la santé humaine… et sur les populations les plus vulnérables.
Des discussions tendues entre diplomatie, ONG et intérêts économiques
À Genève, cette session « CIN5-2 » fait figure de rattrapage après l’impasse coréenne. Le climat géopolitique tendu et les intérêts divergents n’annoncent rien de simple. Pourtant, la directrice du Programme des Nations unies pour l’environnement, Inger Andersen, se dit déterminée. Selon elle, « la plupart des pays veulent aboutir » malgré les fortes résistances sur des points clefs : plafonds de production, liste des substances interdites, ou cadre des alternatives. Les ONG ne sont pas restées silencieuses. Plus de 600 organisations scrutent les échanges, avec un accès exceptionnel aux groupes de contact, où se jouent les arbitrages cruciaux. Pour Greenpeace, qui a manifesté dès la veille, l’enjeu n’est pas seulement de mieux recycler : « Il faut réduire la production à la source. » La délégation suisse de Trash Hero World insiste quant à elle sur l’urgence d’une « transition juste », pour protéger l’emploi dans les pays surindustrialisés par le plastique.
Crise sanitaire et charge symbolique : les enfants en première ligne
Un rapport publié par The Lancet alimente l’alerte : la pollution plastique coûterait chaque année au monde 1 500 milliards de dollars, impactant particulièrement les enfants. À Genève, le militant congolais Robert Kitumaini a rappelé que les particules dans les eaux contaminées d’Afrique centrale provoquent déjà des maladies infantiles en cascade. Pour incarner ce fléau, l’artiste canadien Benjamin Von Wong a installé une œuvre devant le siège de l’ONU : Le fardeau du Penseur, un Rodin revisité, submergé de déchets plastiques. Une injonction visuelle adressée aux diplomates pour qu’ils ne détournent pas le regard. Pendant ce temps, les industriels du plastique défendent leur utilité. Matthew Kastner, porte-parole du lobby américain de la chimie, affirme que le plastique reste « vital pour la santé publique », citant les usages médicaux. Un point de vue frontalement contesté par les ONG, pour qui le statu quo est devenu intenable. Le sort du futur traité mondial se joue dans les dix jours à venir. Si un compromis émerge, il pourrait devenir le texte le plus ambitieux jamais adopté contre un polluant d’origine humaine. À défaut, la crise du plastique continuera d’engluer la planète… et les négociations.