Sécheresse historique en Hongrie : des agriculteurs contraints d’envisager l’abandon de leurs terres
Sécheresse historique en Hongrie : des agriculteurs contraints d’envisager l’abandon de leurs terres

Au cœur de la grande plaine hongroise, entre la Tisza et le Danube, des agriculteurs tirent la sonnette d’alarme. Confrontés à une sécheresse persistante, accentuée par le changement climatique, certains envisagent désormais de quitter la région ou de changer de métier, face à l’effondrement des rendements agricoles. Une situation qui menace l’avenir de l’une des principales zones de production de maïs, de céréales et de tournesol du pays.

Dans le village de Ladanybene, Krisztian Kisjuhasz, apiculteur, témoigne de l’ampleur de la crise. Cette année, il a été contraint de déplacer ses abeilles en pleine nuit, à l’aide d’une lampe frontale à lumière rouge, vers une zone humide située à plus de 80 kilomètres, près de la rivière Tisza. La sécheresse avait tari les sources de pollen autour de sa ferme. « Je n’ai jamais vu une saison aussi mauvaise », confie-t-il.

Malgré quelques pluies récentes, les sols du centre de la Hongrie restent « critiquement secs », selon le service météorologique national. Les cultures estivales sont gravement touchées, et les nappes phréatiques, habituellement sollicitées pour l’irrigation, ne se régénèrent plus suffisamment. Les scientifiques hongrois alertent depuis plusieurs années sur l’augmentation des températures moyennes et la réduction des précipitations dans la région.

Les conséquences économiques sont lourdes. Outre la baisse des récoltes, les coûts d’irrigation et de maintenance des exploitations explosent. De nombreux exploitants, déjà fragilisés par la pandémie et l’inflation, peinent à maintenir leur activité. Certains, découragés, parlent de reconversion professionnelle ou de migration vers des régions moins arides.

Cette crise locale est révélatrice d’un phénomène plus global. La Hongrie, comme d’autres pays d’Europe centrale, subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique sur ses territoires ruraux. L’absence de politiques d’adaptation efficaces, combinée à une dégradation rapide des conditions environnementales, pourrait accélérer l’exode rural et remettre en cause la sécurité alimentaire nationale.

Face à l’urgence, les agriculteurs réclament des mesures concrètes : aides d’urgence, révision des modèles agricoles, investissements dans l’irrigation durable et reforestation. En l’absence de réponse rapide, une partie du sud de la Hongrie pourrait devenir, à court terme, impropre à l’agriculture intensive. Une perspective autrefois lointaine, désormais cruellement tangible.

Partager