Préparez-vous à plusieurs années de chaleur meurtrière, avertissent les experts climatiques
Préparez-vous à plusieurs années de chaleur meurtrière, avertissent les experts climatiquesDes touristes profitent des brumisateurs installés sur les quais de Libourne pour se rafraîchir.

WASHINGTON — La planète entre dans une ère de chaleur extrême prolongée, selon les prévisions conjointes de deux des plus grandes agences météorologiques mondiales, qui annoncent un enchaînement d’années record en matière de températures, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour l’humanité.

D’après une analyse publiée mercredi par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Met Office britannique, il y a 80 % de chances qu’un nouveau record annuel de chaleur soit battu au cours des cinq prochaines années. Plus inquiétant encore, les scientifiques estiment qu’il est hautement probable — à 70 % — que la température moyenne mondiale sur cette période dépasse la limite de 1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle, fixée par l’accord de Paris de 2015.

« Des températures moyennes mondiales plus élevées peuvent sembler abstraites, mais cela se traduit concrètement par davantage d’événements climatiques extrêmes : des ouragans plus puissants, des précipitations intenses, des sécheresses », explique Natalie Mahowald, climatologue à l’université Cornell, qui n’a pas participé aux calculs, mais les juge cohérents. L’impact humain est direct : davantage de pertes de vies humaines.

Le seuil de 2 °C de réchauffement, longtemps considéré comme un scénario lointain, est désormais entré dans les hypothèses modélisées. Bien que cette perspective reste peu probable à court terme, le fait même qu’elle soit envisagée dans les modèles est « choquant », selon les chercheurs du Met Office Adam Scaife et Leon Hermanson. « Ce n’est pas ce que nous voulons voir, mais c’est ce que nous dit la science », a souligné Hermanson.

Les projections s’appuient sur plus de 200 simulations informatiques issues de dix centres scientifiques à travers le monde. Il y a dix ans, les mêmes experts estimaient à seulement 1 % la probabilité qu’une année franchisse le seuil des 1,5 °C. Or, cela s’est produit en 2023. En 2025, les calculs intègrent désormais une possibilité de franchir les 2 °C dans une seule année, même si, selon les critères de l’accord de Paris, cette limite ne s’applique que si elle est dépassée en moyenne sur vingt ans.

Richard Betts, responsable des recherches sur les impacts climatiques au Met Office et professeur à l’université d’Exeter, met en garde : « Ces cinq prochaines années, plus chaudes que jamais, exposeront davantage de personnes à des vagues de chaleur meurtrières, avec un risque accru de décès et de problèmes de santé graves si des mesures de protection ne sont pas mises en place. »

L’Arctique, qui se réchauffe 3,5 fois plus vite que le reste du globe, continuera de perdre sa glace à un rythme soutenu, tandis que l’élévation du niveau des mers s’accélérera, selon Chris Hewitt, directeur des services climatiques à l’OMM. Il précise que le réchauffement actuel moyen depuis le milieu du XIXe siècle est d’environ 1,4 °C.

Les scientifiques comparent l’évolution des températures mondiales à une montée d’escalator : les phénomènes El Niño, qui surviennent naturellement, ajoutent des pics à cette tendance globale. Mais contrairement au passé, après chaque pic, les températures ne redescendent plus. « Les records de chaleur deviennent immédiatement la nouvelle norme », constate Rob Jackson, chercheur en climatologie à l’université Stanford.

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