SESENA – Autrefois symbole de la bulle immobilière espagnole et de ses excès, la ville fantôme de Sesena, à 40 kilomètres au sud de Madrid, connaît un surprenant retour à la vie. Ce vaste lotissement inachevé, déserté pendant plus d’une décennie, est aujourd’hui pris d’assaut par des familles de classe moyenne repoussées hors de la capitale par la flambée des prix de l’immobilier.
À peine publiée, une annonce immobilière à Sesena reçoit des dizaines d’appels. L’agent Segis Gomez affirme gérer des listes d’attente de 70 personnes par bien. Les prix, qui avaient chuté de plus de moitié après l’effondrement du marché en 2008, sont désormais revenus à leur niveau initial. La relance de la construction témoigne de la tension extrême sur le marché immobilier de la région madrilène, où la demande dépasse largement l’offre disponible.
Avec une population de Madrid en hausse de 140 000 habitants rien qu’en 2024, mais seulement 20 000 permis de construire délivrés, la pression est immense. L’essor des locations touristiques, la reprise de l’immigration et la complexité des règles d’urbanisme alimentent cette crise. Le Premier ministre Pedro Sanchez a fait du logement abordable une priorité nationale, mais l’ampleur du défi reste énorme, notamment en périphérie urbaine.
Longtemps boudée en raison du manque d’infrastructures, Sesena attire aujourd’hui de nouveaux habitants, malgré l’absence d’un hôpital ou de transports en commun efficaces. Certains, comme Nestor Delgado, acceptent de se lever à l’aube pour attraper le bus vers Madrid. Les promoteurs immobiliers, eux, reprennent confiance : 156 nouveaux appartements sont en construction, et de nombreuses unités déjà prévendues.
Ce phénomène ne se limite pas à Sesena. Valdeluz, autre ville fantôme à 75 kilomètres à l’est de Madrid, voit sa population croître rapidement. À Bernuy de Porreros, les maisons abandonnées trouvent preneurs grâce à des prix encore accessibles. La banque publique Sareb, chargée de liquider les actifs toxiques issus de la crise, y a joué un rôle clé en relançant les ventes dès 2021.
Madrid est en pleine mutation. Selon le gouvernement régional, sa zone métropolitaine devrait accueillir un million d’habitants supplémentaires d’ici 2040. Avec un déficit estimé de 80 000 à 100 000 logements, la capitale vise 110 000 nouvelles constructions d’ici 2028. À Sesena, les ambitions sont grandes : un projet baptisé Parquijote prévoit 2 200 logements et un parc logistique de 2,3 milliards d’euros.
Pour Jaime de Hita, maire de la ville, cette renaissance n’est pas un mirage : « Cette fois, nous avons tiré les leçons du passé. » Une affirmation qui pourrait bien s’appliquer à toute une génération d’Espagnols en quête de logement, loin du centre de Madrid.