COP31: la crise énergétique remet les renouvelables au centre du jeu
COP31: la crise énergétique remet les renouvelables au centre du jeu

À Berlin, dans les couloirs feutrés du Dialogue de Petersberg, les mots ont claqué comme un rappel à l’ordre: quand le pétrole et le gaz s’affolent, la politique climatique cesse d’être un slogan et redevient une question de sécurité. Les pays hôtes de la COP31, la Turquie et l’Australie, ont profité de ce rendez-vous préparatoire pour marteler une idée simple, presque brutale: sortir de la dépendance aux combustibles fossiles, c’est aussi se protéger des crises.

Murat Kurum, ministre turc du Climat et président de la COP31, l’a formulé sans détour, via interprète: « les combustibles fossiles ne garantissent pas la sécurité de l’approvisionnement énergétique ». Derrière la formule, un constat que chacun comprend, du ménage qui regarde sa facture au ministre qui cherche du carburant: une guerre au Moyen-Orient peut suffire à gripper la machine mondiale. Le détroit d’Ormuz, artère stratégique, est aujourd’hui un nom qui pèse sur les marchés et sur les nerfs des gouvernements.

Dans ce contexte de prix qui flambent et de pénuries par endroits, certains États rationnent, d’autres ressortent le charbon, vieille béquille qui fume vite et coûte cher sur le plan climatique. À distance, le ministre australien du Climat Chris Bowen a vanté « une solution éprouvée » et même « la forme d’énergie la moins chère jamais connue » en parlant des renouvelables, appelant à « agir avec clarté et conviction » pour accélérer la transition vers une énergie « propre, bon marché et fiable ». Le message est calibré: rassurer sur le coût, promettre de la stabilité, éviter la panique.

Réseaux, acceptabilité, souveraineté: le vrai chantier commence

Reste que le diable se cache dans les câbles. Les renouvelables avancent, oui, les investissements dans les énergies propres dépassent ceux des fossiles, mais le goulot d’étranglement se déplace vers les réseaux, les raccordements, le stockage, la flexibilité du système. On peut poser des panneaux et planter des mâts, si l’électricité ne circule pas ou si l’intermittence n’est pas pilotée, la promesse se fissure. Les délais administratifs et les contentieux, en Europe comme en France, pèsent aussi comme du plomb sur l’accélération affichée.

Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a choisi la formule choc par visioconférence: les fossiles « tiennent les économies en otage ». La COP31 se prépare d’ailleurs dans une séquence diplomatique chargée, avec une conférence internationale inédite consacrée à l’abandon progressif des combustibles fossiles, organisée à Santa Marta en Colombie et suivie de près par l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Canada ou la Norvège, aux côtés de pays émergents. Malgré l’argent qui va vers le propre, les émissions liées au charbon, au pétrole et au gaz ont encore augmenté en 2025, à un niveau record, comme un mauvais rappel de la réalité.

Et puis il y a l’angle mort que tout le monde connaît: la crédibilité des hôtes. L’Australie reste un grand producteur de combustibles fossiles, la Turquie dépend fortement du charbon pour son électricité, ce qui promet des discussions serrées sur les mots, les calendriers et les exceptions. En France, le débat se tient souvent sur une ligne pragmatique, renouvelables et nucléaire ensemble, mais la COP31 va devoir transformer les slogans en trajectoires lisibles, avec des réseaux capables d’absorber la montée en puissance et une opinion publique qui accepte les implantations. Novembre approche, et avec lui la question qui plane, sans être posée à voix haute: qui prendra vraiment le risque politique d’aller plus vite que les crises.

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