Au lever du jour, le silence du marais de Brière ne présage rien de bon. Là où les chants de canards couvraient autrefois l’horizon, ne reste plus qu’un calme sinistre. Depuis deux semaines, les agents du parc naturel régional avancent dans la vase pour ramasser les cadavres. Canards, foulques, limicoles : près de 3 000 oiseaux morts ont déjà été recensés dans cette réserve emblématique de Loire-Atlantique, et 4 000 de plus aux abords du lac voisin. Le coupable est identifié : le botulisme aviaire, une infection bactérienne foudroyante qui prolifère dans les eaux stagnantes. Chaque jour, au pic de la crise, jusqu’à 700 oiseaux succombaient à cette maladie paralysante, qui les prive de leurs fonctions vitales avant de les condamner à une lente agonie. Non transmissible à l’homme, le botulisme aviaire se développe dans la vase lorsque le niveau d’eau baisse drastiquement. Un phénomène aggravé cette année par les fortes chaleurs, mais aussi par la gestion du marais.
Une hécatombe favorisée par la sécheresse… et les pratiques humaines
Les ouvertures régulières de vannes pour assécher les terres destinées au pâturage ou à la récolte de foin ont précipité l’assèchement de cette zone humide pourtant classée. Sur le terrain, les accusations fusent. Les techniciens de la Fédération des chasseurs parlent d’un « mouroir à ciel ouvert », les agents du parc dénoncent l’urgence climatique, tandis que certains agriculteurs pointent une mauvaise gestion de l’entretien du marais. Pierre-Marie Château, président d’une association d’éleveurs locaux, évoque l’envasement des canaux et la prolifération de la Jussie, une plante invasive qui empêcherait toute circulation d’eau. Le marais, déjà affaibli par des années de conflits d’usages, cède aujourd’hui sous le poids d’une crise écologique sans précédent. Malgré la mobilisation des agents du parc, une centaine d’oiseaux seulement ont pu être sauvés. L’épidémie, elle, ne montre aucun signe de ralentissement. Et avec l’arrivée imminente des oiseaux migrateurs, la situation pourrait encore empirer. Pour Olivier Demarty, président de la commission biodiversité et zones humides du parc, l’enjeu dépasse désormais la Brière : « Nous avons une responsabilité nationale, européenne, internationale. On ne peut plus laisser les zones humides s’assécher. C’est terminé. La Brière, deuxième plus grande zone humide de France, vit aujourd’hui l’une des pires catastrophes écologiques de son histoire. Et dans ce paysage de marécage devenu cimetière, une question lancinante s’impose : combien d’alertes faudra-t-il encore avant que l’on change enfin de modèle ?