La lumière parasite des constellations de satellites avait déjà compliqué la vie des télescopes optiques. Désormais, c’est leur pollution électromagnétique qui menace la radioastronomie. Une étude de l’université Curtin, en Australie, publiée en juillet dans Astronomy & Astrophysics, révèle que les satellites Starlink génèrent involontairement des émissions radio sur des fréquences pourtant protégées. Les chercheurs ont analysé plus de 76 millions d’images captées en vingt-neuf jours par un prototype de radiotélescope installé dans le désert australien. Résultat : 112 534 signaux radio attribués à 1 806 satellites Starlink, dont certains sur la bande 150-153 MHz, normalement interdite aux transmissions humaines. Selon les scientifiques, ces fuites électromagnétiques ne proviennent pas d’émissions intentionnelles mais de l’électronique de bord insuffisamment protégée. Elles échappent donc aux filtres utilisés par les astronomes et rendent une partie des observations inutilisables.
Des interférences de plus en plus fréquentes
Le phénomène, encore ponctuel il y a quelques années, devient systématique. À Nançay (Cher), l’un des plus grands radiotélescopes mondiaux, les perturbations liées aux satellites sont passées d’incidents isolés à une gêne régulière. Pour l’instant, elles représentent environ 1,5 % des données écartées, mais les chercheurs craignent une explosion des interférences avec la multiplication des satellites. Starlink compte déjà plus de 8 000 appareils, contre un millier seulement en 2021. Les zones de « silence radio », situées dans des déserts et choisies pour implanter des radiotélescopes, sont elles aussi menacées. Le futur Square Kilometre Array (SKA), qui doit devenir le plus grand radiotélescope du monde d’ici 2028, pourrait voir ses performances compromises si la pollution électromagnétique continue de croître. Or ce projet international doit sonder les signaux les plus faibles du cosmos, notamment pour étudier l’« époque de réionisation », période charnière de l’Univers primitif.
Un dialogue fragile avec les industriels
Pour limiter les dégâts, des discussions ont été engagées entre scientifiques et opérateurs de satellites. Des pistes techniques sont explorées : dépointer ou couper temporairement certains appareils lorsqu’ils survolent des zones d’observation sensibles. Mais ces solutions reposent sur la coopération des industriels. Si SpaceX pourrait accepter certaines contraintes, rien ne garantit que d’autres pays ou entreprises suivront. Sans mesures collectives, la communauté scientifique redoute de perdre une part précieuse de sa capacité d’écoute du ciel profond. La pollution électromagnétique, invisible à l’œil nu, pourrait ainsi obscurcir l’accès aux origines de l’Univers aussi sûrement que la pollution lumineuse brouille déjà notre regard sur les étoiles.