Inaugurée en 1926 en hommage aux soldats musulmans tombés lors de la Première Guerre mondiale, la Grande Mosquée de Paris célèbre son centenaire. L’historienne Naïma Huber-Yahi revient sur le double rôle de ce lieu, à la fois instrument colonial et trait d’union entre la France et sa communauté musulmane.
Un siècle après son inauguration, la Grande Mosquée de Paris reste un objet d’histoire complexe. Construite en 1926, elle naît d’une volonté officielle de rendre hommage aux soldats musulmans morts pour la France durant la Grande Guerre. Mais derrière cet hommage, l’historienne Naïma Huber-Yahi, contributrice à l’ouvrage collectif La Grande Mosquée de Paris paru aux éditions du Cherche-Midi, identifie une logique plus ambivalente.
« La Grande Mosquée, outil colonial, va devenir un outil d’émancipation », résume-t-elle. Cette transformation progressive dit beaucoup sur l’évolution du rapport entre la France et l’islam, et sur la place que cet édifice a occupée dans les relations diplomatiques entre Paris et Alger au fil des décennies.
Au-delà du symbole religieux, la mosquée a fonctionné comme un levier politique, mobilisé tantôt pour encadrer les populations musulmanes de l’empire, tantôt pour entretenir des liens avec les États du monde arabe. Son histoire épouse ainsi les grandes fractures du XXe siècle français : colonisation, guerre d’Algérie, immigration, construction d’une identité musulmane en France.
Le centenaire offre l’occasion de relire ce parcours. Pour Naïma Huber-Yahi, la mosquée n’est pas un monument figé dans une fonction unique : elle a traversé les régimes, les conflits et les recompositions identitaires pour s’imposer aujourd’hui comme un repère de la vie musulmane en France, chargé de toutes ces contradictions.
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