Le duel ferroviaire s’annonce féroce. Ce mardi 1er juillet, Proxima, nouvel opérateur privé du rail français, a officiellement levé le voile sur « Velvet », la marque de ses futurs trains à grande vitesse. Avec des rames flambant neuves commandées à Alstom et une stratégie assumée d’attaque sur les lignes très rentables de la façade Atlantique, le groupe veut concurrencer directement la SNCF sur Paris-Bordeaux dès 2028. À l’origine du projet, Rachel Picard, ancienne dirigeante de Voyages SNCF, désormais PDG de Proxima. Forte d’une levée de fonds d’un milliard d’euros auprès d’Antin Infrastructure Partners, la start-up ferroviaire s’est dotée de 12 rames TGV Avelia Horizon pour 850 millions d’euros, assorties de quinze années de maintenance garanties par Alstom.
Une offensive sur les lignes saturées
Velvet vise large : Bordeaux, mais aussi Rennes, Nantes et Angers au départ de Paris. L’objectif est simple : proposer 10 millions de places supplémentaires sur ces lignes où la demande explose. Selon Rachel Picard, 15 % des voyageurs ne trouvent pas de place aujourd’hui, un chiffre qui pourrait grimper à 25 % d’ici 2030 si rien n’est fait. Velvet promet une réponse musclée, misant sur des trains à deux niveaux, très capacitaires, pour multiplier les rotations et rentabiliser les trajets malgré des péages ferroviaires atteignant 200 millions d’euros par an. Les premières rames devraient circuler avec passagers dès 2028, avec un démarrage sur Paris-Bordeaux. Alstom assure que la production est déjà lancée (caisses à La Rochelle, motrices à Belfort) et que le calendrier sera tenu malgré les retards connus sur d’autres contrats. Une rame par mois sera livrée à partir de 2028, selon l’opérateur, pour une flotte complète en 2029.
Entre luxe et efficacité, un positionnement à peaufiner
Le nom « Velvet » veut évoquer douceur, élégance, vitesse. La livrée, audacieuse (vert Bentley et rose lilas), rompt volontairement avec les codes du secteur. Si le design extérieur est connu, l’aménagement intérieur, lui, reste secret. Velvet devra concilier confort et forte capacité, un équilibre délicat à atteindre sur des trains pensés pour des flux massifs. L’ambition ne manque pas : connectivité à bord, services innovants, fin de la frontière entre loisirs et affaires, le tout avec des prix qui devraient viser l’accessibilité. Velvet promet une expérience client « réinventée », inspirée de l’hôtellerie et du transport aérien. Mais son arme principale reste le volume, pour rentabiliser des trajets coûteux. Face à cette offensive, la SNCF ne reste pas immobile. Fin 2024, l’opérateur historique annonçait un renforcement massif de son offre sur l’axe Atlantique, avec 4 millions de sièges supplémentaires d’ici 2026. Car derrière l’arrivée de Velvet se cache une ex-maison : Rachel Picard connaît parfaitement l’univers TGV, pour l’avoir dirigé jusqu’en 2020. Autant dire que le combat s’annonce stratégique, commercial… et personnel.