Graphite, vanadium, yttrium, dysprosium… ces noms obscurs pour le grand public sont pourtant les piliers silencieux de l’industrie moderne. Derrière les batteries, l’aéronautique, les technologies médicales ou encore l’énergie verte, ces métaux rares jouent un rôle essentiel. Et pour l’instant, la Chine en contrôle l’essentiel. Avec 70 % de la production mondiale et près de 90 % de la capacité de raffinage, Pékin dispose d’une arme stratégique que le régime n’hésite pas à brandir dans ses bras de fer diplomatiques.
Un précédent qui hante encore les industriels
La dépendance n’a rien de théorique. En 2010 et 2011, pour des motifs géopolitiques, Pékin avait brutalement réduit ses exportations. Les prix de certaines terres rares s’étaient alors envolés de 700 %, rappelle la chimiste Marin Perrin, fondatrice de Reecover, lors de la Rencontre des entrepreneurs de France. Quinze ans plus tard, le scénario menace de se répéter. Le samarium, métal clé de l’industrie de défense, est déjà concerné par des restrictions de licences, preuve que la tension s’invite à nouveau dans les filières stratégiques.
La souveraineté française à l’épreuve
Face à ce risque de pénurie orchestrée, l’Europe et la France cherchent à bâtir une chaîne d’approvisionnement autonome. Dans l’Allier, le groupe Imerys prévoit d’ouvrir d’ici deux à trois ans un site d’extraction de lithium, une première étape pour réduire la dépendance. Mais l’ampleur de la tâche dépasse de loin ce seul projet. Selon Guillaume Pitron, chercheur à l’Iris, l’humanité consommera dans les trente prochaines années plus de métaux que durant les 70 000 années précédentes. Une équation vertigineuse qui place la France devant un défi : relancer une filière minière et industrielle abandonnée depuis des décennies, tout en affrontant la puissance de feu chinoise. L’indépendance énergétique et technologique a un prix, et il se mesure en tonnes de métaux stratégiques.