Le géant de la mode en ligne Shein prévoit désormais de s’introduire en bourse à Hong Kong, après avoir échoué à obtenir l’aval des autorités chinoises pour une cotation à Londres, selon plusieurs sources proches du dossier. Fondée en Chine et désormais basée à Singapour, l’entreprise de fast-fashion ambitionne de déposer un projet de prospectus auprès de la Bourse de Hong Kong dans les semaines à venir, avec pour objectif une introduction en bourse d’ici la fin de l’année.
Shein avait initialement obtenu le feu vert de l’autorité de régulation britannique, la Financial Conduct Authority (FCA), en mars, ce qui ouvrait la voie à une cotation à Londres. Mais cette approbation devait impérativement être suivie de celle de la China Securities Regulatory Commission (CSRC), condition préalable pour toute entreprise chinoise souhaitant se coter à l’étranger. Depuis, les discussions avec la CSRC ont été marquées par des retards et un manque de communication, forçant Shein à envisager une alternative hongkongaise.
Le recours à Hong Kong représenterait un revirement stratégique majeur pour Shein, qui avait jusque-là cherché à se positionner comme une entreprise globale en visant New York puis Londres, afin de séduire les grands investisseurs occidentaux. Une introduction à Hong Kong risquerait de brouiller cette image et d’alimenter les critiques quant à sa proximité avec Pékin, d’autant plus que la société est déjà au cœur de controverses internationales.
Shein est accusée par certaines ONG d’utiliser du coton provenant du Xinjiang, région où des violations des droits humains sont suspectées, accusations que l’entreprise nie en affirmant respecter une politique stricte contre le travail forcé. Ces allégations ont pesé lourd dans le processus londonien, notamment avec une contestation judiciaire en préparation par une ONG militant contre le travail forcé.
L’évolution du cadre fiscal international ajoute également une pression sur le modèle économique de Shein. La fin de l’exemption douanière américaine sur les petits colis venus de Chine et l’éventuelle réforme européenne des seuils de franchise douanière menacent la compétitivité tarifaire de la plateforme. Cette incertitude pèse sur sa valorisation, que Reuters estime à 50 milliards de dollars pour l’introduction à venir, contre 66 milliards lors de sa dernière levée de fonds en 2023.
Malgré ce contexte tendu, la reprise du marché des capitaux à Hong Kong pourrait jouer en faveur de Shein. En 2025, les levées de fonds sur la place hongkongaise ont déjà atteint 9,7 milliards de dollars, portées notamment par l’introduction à 5,3 milliards de dollars du géant des batteries CATL, la plus importante opération mondiale cette année. Un signal positif pour Shein, qui espère que la vigueur retrouvée du marché financier asiatique compensera les déconvenues rencontrées en Occident.