Après avoir été l’un des pionniers du tout-électrique en Europe, Renault pourrait bien changer de cap. Selon plusieurs sources proches du dossier, le constructeur français envisage de relancer des versions thermiques ou hybrides de deux de ses modèles emblématiques, la Mégane et le Scénic, actuellement proposés uniquement en électrique. Une décision stratégique qui pourrait être officialisée en mars 2026, à l’occasion de la présentation de son prochain plan industriel. Cette évolution marquerait un tournant pour la marque au losange, qui avait jusqu’ici défendu une ligne claire : séparer strictement ses gammes électriques et thermiques. Contrairement à Stellantis, qui propose des modèles déclinés en plusieurs motorisations, Renault avait misé sur des plateformes dédiées à l’électrique, à l’image de la ZOE ou de la nouvelle R5. Mais la réalité du marché semble aujourd’hui la pousser à reconsidérer cette stratégie.
Un marché du tout-électrique en perte de vitesse
La Mégane et le Scénic électriques, malgré une réception favorable et même un titre de « voiture de l’année 2024 » pour ce dernier, peinent à atteindre les volumes espérés. Dans un contexte où la demande pour le 100 % électrique stagne, Renault veut élargir sa clientèle et rentabiliser ses investissements. La marque observe aussi que la disparition de berlines thermiques dans sa gamme laisse un vide sur le segment des familiales compactes, un espace que la concurrence continue d’occuper. Les petites voitures, comme la Twingo ou la R5, resteront en revanche purement électriques. Adapter ces modèles à un moteur thermique reviendrait à sacrifier une partie de la batterie, donc à réduire l’autonomie, ce que Renault juge incompatible avec sa vision d’un futur dominé par les « wattures », comme les surnomme le groupe.
Des scénarios multiples pour les futures motorisations
Plusieurs pistes sont à l’étude. L’une d’elles serait d’équiper certains modèles d’un prolongateur d’autonomie, une technologie qui combine moteur électrique et générateur thermique, déjà populaire en Chine. Cette solution, développée par Horse (la coentreprise de Renault et Geely dédiée aux motorisations thermiques), permettrait d’augmenter l’autonomie sans renoncer à l’électrique. D’autres options hybrides ou multi-énergies restent également ouvertes. Cette réflexion intervient dans un contexte incertain pour la filière automobile européenne. Le calendrier fixé par Bruxelles pour la fin du thermique en 2035 pourrait être révisé, et les constructeurs anticipent un scénario où la transition serait plus progressive que prévu. Stellantis vient d’ailleurs de relancer une version hybride de sa Fiat 500, et Volkswagen prépare de nouvelles plateformes capables d’accueillir indifféremment moteurs électriques et essence. Pour Renault, ce retour partiel à l’essence ne serait pas un renoncement à l’électrique, mais une adaptation pragmatique à un marché en mutation. Une manière, aussi, de retrouver l’équilibre entre innovation, rentabilité et réalisme industriel.