Le ralentissement mondial du marché des spiritueux continue de faire des vagues. Mercredi, le groupe Pernod Ricard a informé ses salariés du lancement d’un plan de réorganisation. Une consultation des représentants du personnel s’ouvrira dans les prochains mois, prélude possible à une réduction des effectifs. À ce stade, aucune donnée chiffrée n’a été communiquée, mais des précisions pourraient être apportées lors des résultats annuels fin août.
Vers une structure allégée et plus réactive
Avec 18 500 salariés dans le monde, dont 4 000 en France – principalement à Paris, Cognac et Reims –, Pernod Ricard entame un processus destiné à adapter son organisation à un contexte économique défavorable. Le groupe entend se doter d’une structure plus agile, simplifiée et en phase avec ses objectifs stratégiques. Il envisage notamment de passer de cinq divisions à deux pôles principaux : l’un baptisé « Gold », qui regrouperait les alcools de vieillissement et le champagne, et l’autre nommé « Crystal », centré sur les alcools blancs et les apéritifs. Cette initiative intervient après des mesures similaires déjà prises par d’autres acteurs du secteur. Rémy Martin a instauré du chômage partiel pour plusieurs centaines de salariés, tandis que Moët Hennessy (LVMH) a annoncé des suppressions de postes pouvant atteindre 10 % de ses effectifs.
Un climat géopolitique tendu et une consommation en mutation
Le groupe français, numéro deux mondial derrière le britannique Diageo, subit de plein fouet la baisse de ses ventes. En avril, Pernod Ricard a rapporté un repli trimestriel de 3 %, à 2,3 milliards d’euros, et s’attend toujours à une contraction annuelle de son chiffre d’affaires. La situation est aggravée par les tensions commerciales entre l’Europe et la Chine. Pékin, en représailles à des mesures européennes sur les véhicules électriques, a imposé des sanctions pénalisant l’exportation de spiritueux. Les producteurs européens doivent désormais verser des cautions importantes et sont exclus du marché des duty-free chinois. Outre l’Asie, l’incertitude plane aussi sur le marché américain, confronté à des menaces de droits de douane dans un contexte politique instable. Face à ces défis, Pernod Ricard entend préserver ses marges tout en maintenant ses investissements marketing aux États-Unis, son premier marché. La crise des spiritueux se double d’un changement plus structurel : les habitudes de consommation évoluent, avec une baisse notable sur certains segments. Dans cet environnement, les géants du secteur n’ont d’autre choix que de repenser leur modèle. Chez Pernod Ricard, l’heure est donc à la restructuration, dans l’attente d’un éventuel rebond.