Le couperet est tombé le 11 septembre : la cour d’appel de Paris a rejeté le recours des syndicats d’Altice France qui tentaient de suspendre le plan de sauvegarde accélérée du groupe. Ce feu vert judiciaire permet à Patrick Drahi de finaliser, au 1er octobre, une restructuration financière majeure qui ramènera la dette d’Altice France de 24 à 15,5 milliards d’euros. En contrepartie, les créanciers, parmi lesquels BlackRock, Pimco et Fidelity, prendront 45 % du capital, le fondateur gardant la majorité avec 55 %. Pour les syndicats, cette décision sonne comme une défaite. CFDT et UNSA redoutent que l’opération ne soit qu’un prélude à une vente à la découpe de SFR, avec des conséquences sociales lourdes pour près de 8 000 salariés. Ils comptent désormais sur une audience prévue en novembre pour tenter d’obtenir une remise en cause du plan sur le fond, même si l’appel n’est pas suspensif et qu’il sera difficile de revenir en arrière une fois la mécanique enclenchée.
Une cession qui attise toutes les convoitises
Si le PDG Arthur Dreyfuss continue d’assurer qu’aucun processus de vente n’a été engagé, la réduction de la dette ouvre mécaniquement la voie à une reprise de l’opérateur au carré rouge. En coulisses, Orange, Bouygues Telecom et Free discutent déjà d’un partage des actifs et des 25 millions de clients de SFR. L’hypothèse d’un retour à trois opérateurs en France aiguise les appétits, mais les rivalités compliquent la donne. Orange, trop dominant pour avaler une grosse part de SFR sans froisser l’Autorité de la concurrence, resterait en retrait. Tout repose donc sur un accord entre Bouygues et Free, longtemps ennemis irréconciliables. Les deux lorgnent particulièrement sur RED, la marque à bas prix de SFR, considérée comme l’un des rares relais de croissance de l’opérateur. Autre pierre d’achoppement : le réseau partagé de 15 000 antennes que Bouygues et SFR exploitent depuis 2014. Si SFR change de mains, Bouygues exige de ne pas porter seul le poids de ces investissements, réclamant une compensation d’Orange et Free.
Un casse-tête financier et stratégique
La valorisation de SFR reste un autre point de friction. Une source proche du dossier évoque 26 milliards d’euros, sur la base de la restructuration d’Altice France. Mais en mai, J.P. Morgan estimait plutôt la valeur autour de 20 milliards. Ce grand écart reflète l’incertitude du marché et la difficulté à trouver une répartition acceptable entre les prétendants. En attendant, Patrick Drahi a atteint son objectif immédiat : desserrer l’étau d’une dette colossale et retrouver une marge de manœuvre. Reste à savoir si cette respiration financière débouchera sur une nouvelle étape, la cession pure et simple de SFR, ou si l’homme d’affaires choisira de prolonger le bras de fer avec ses créanciers et ses rivaux du secteur.