Le coup est rude pour les salariés de Naf Naf. Moins d’un an après sa reprise par le groupe turc Migiboy, l’enseigne de prêt-à-porter va de nouveau être placée en redressement judiciaire. L’annonce a été faite lors d’un comité social et économique extraordinaire tenu mercredi matin, provoquant une onde de choc au sein du personnel.
Engagements trahis et confiance brisée
En juin 2024, Migiboy Tekstil promettait de sauver l’enseigne en conservant 90 % des postes et une centaine de boutiques. Un engagement soutenu par un chèque de 1,5 million d’euros, accompagné du rachat des filiales en Espagne, Italie et Belgique. Un an plus tard, le rêve de relance tourne court. Le comité d’entreprise dénonce une « dissimulation mensongère » de la réalité économique de l’entreprise. La CFDT, elle, évoque une « incertitude extrême » pour les quelque 700 salariés toujours en poste. Le scénario n’est pas nouveau : Naf Naf avait déjà connu deux redressements judiciaires, en mai 2020 au cœur de la pandémie, puis en septembre 2023. À chaque fois, des repreneurs se sont succédé, sans parvenir à enrayer la chute d’une marque emblématique des années 1990.
Le textile français en chute libre
La déconfiture de Naf Naf illustre un mal plus large. L’industrie textile française traverse une crise profonde, emportant dans son sillage des enseignes historiques : Camaïeu, Kookaï, Gap France, San Marina, Minelli, Pimkie ou encore Comptoir des Cotonniers. Face à elles, la fast-fashion portée par des géants comme Shein impose son rythme infernal et ses prix cassés, grignotant chaque jour un peu plus les parts de marché des marques traditionnelles. Née en 1973 et propulsée par ses campagnes « Le Grand Méchant Look », Naf Naf était devenue une icône du prêt-à-porter bon marché. Elle ne semble aujourd’hui plus armée pour résister aux mutations du secteur.