Michel-Édouard Leclerc, qui préside le comité stratégique des magasins E.Leclerc, a exprimé un désaccord clair avec l’action en justice engagée contre Shein pour « concurrence déloyale ». Cette procédure, initiée par une douzaine d’organisations représentatives du commerce et de l’industrie, parmi lesquelles figure la fédération à laquelle E.Leclerc est affilié, vise à obtenir réparation pour les dommages économiques que ces acteurs imputent au géant asiatique du commerce en ligne.
Une sortie remarquée sur RTL
Interrogé sur RTL, Michel-Édouard Leclerc n’a pas hésité à qualifier cette démarche de contre-productive. Il a rappelé que de nombreuses grandes enseignes françaises, qu’il s’agisse de distributeurs ou de marques de luxe, sont déjà implantées en Chine. Selon lui, lancer aujourd’hui une telle offensive judiciaire manque de cohérence, tant le marché international est depuis longtemps interdépendant. Il estime qu’il s’agit davantage d’une réaction tardive que d’une stratégie réellement pensée.
Des accusations de posture politique
Le dirigeant a également visé plusieurs responsables politiques, reprochant à certains élus de se saisir de la polémique pour occuper le terrain médiatique. Il faisait notamment référence à une tribune signée par plusieurs dizaines de députés appelant à exclure Shein du marché français au nom de préoccupations sanitaires, sociales et environnementales. Pour Michel-Édouard Leclerc, brandir une proposition d’interdiction après des années d’inaction traduit davantage une volonté d’affichage qu’un effort sérieux destiné à réguler le secteur.
Un avertissement contre le protectionnisme ciblé
Michel-Édouard Leclerc a mis en garde contre les conséquences d’un tel bras de fer. Selon lui, s’attaquer frontalement à une entreprise étrangère risque de provoquer des réactions en chaîne, susceptibles de nuire aux exportations françaises. Dans un contexte où les équilibres commerciaux évoluent rapidement, il rappelle que d’autres pays prennent désormais l’avantage dans les nouveaux modèles de distribution.
Le responsable de l’enseigne a par ailleurs regretté une forme de dérapage dans le discours public entourant cette affaire. Il a jugé certains propos tenus sur les produits chinois exagérés, voire discriminatoires, estimant que le débat gagnerait à se recentrer sur des analyses objectives du modèle économique de Shein plutôt que sur des dénonciations globales.
Pour Michel-Édouard Leclerc, l’enjeu n’est pas de multiplier les offensives judiciaires mais d’adapter le commerce français aux mutations mondiales et aux acteurs numériques qui redessinent les habitudes de consommation. Plutôt que d’interdire ou de sanctionner hâtivement, il plaide pour une approche plus stratégique, fondée sur l’innovation, la régulation cohérente et la compréhension des nouvelles chaînes de valeur.