Un séisme se prépare dans le paysage des télécoms français. L’opérateur SFR devrait être placé sous procédure de sauvegarde accélérée au tout début du mois de juin. Cette procédure, réservée aux entreprises en grande difficulté financière mais encore viables, vise à permettre une restructuration rapide de la dette de l’entreprise, estimée à 15 milliards d’euros.
SFR, deuxième opérateur télécom de l’Hexagone, est aujourd’hui dans la tourmente. Son propriétaire, Patrick Drahi, fondateur du groupe Altice, envisagerait même de vendre l’entreprise, en totalité ou par blocs, pour alléger le fardeau financier de son empire.
Une dette colossale et une pression des créanciers
Depuis des années, Altice Europe a accumulé une dette massive à coups d’acquisitions agressives, dont celle de SFR en 2014 pour près de 17 milliards d’euros. Aujourd’hui, le groupe croule sous plus de 50 milliards d’euros de dettes à l’échelle mondiale, dont environ 15 milliards rien que pour SFR.
La récente flambée des taux d’intérêt a rendu le refinancement de cette dette beaucoup plus coûteux, voire impossible dans certains cas. Plusieurs échéances importantes arrivent à maturité en 2025 et 2026, ce qui pousse Patrick Drahi à rechercher en urgence des solutions.
Une procédure de sauvegarde pour gagner du temps
La procédure de sauvegarde accélérée, qui pourrait être ouverte dès la première semaine de juin par le tribunal de commerce de Paris, permettrait à SFR de négocier avec ses créanciers dans un délai très court – en général entre 1 et 3 mois. Elle n’est applicable qu’aux entreprises ayant déjà obtenu un accord de principe avec une majorité de créanciers financiers.
Selon Les Échos, Altice aurait déjà entamé des discussions avec ses principaux prêteurs afin d’éviter un défaut de paiement désordonné. L’objectif serait de restructurer une partie de la dette et, dans le même temps, d’explorer des options de cession d’actifs.
Trois géants intéressés : Orange, Bouygues et Free
L’idée d’une cession partielle ou totale de SFR circule avec insistance depuis plusieurs mois. Désormais, elle semble sur le point de se concrétiser. Bouygues Telecom, Free (groupe Iliad) et Orange auraient tous manifesté leur intérêt pour acquérir tout ou partie de l’opérateur.
Orange s’intéresserait particulièrement à la clientèle entreprise et à certaines infrastructures. Free verrait dans une fusion avec SFR une opportunité stratégique de consolider sa position face aux deux autres grands acteurs du marché. Bouygues Telecom, qui a déjà tenté un rapprochement avec SFR dans le passé, serait intéressé par les abonnés mobile et une partie du réseau.
Toute tentative de rachat devra cependant passer sous l’œil attentif de l’Autorité de la concurrence, en France mais aussi à Bruxelles. La fusion de deux opérateurs majeurs pourrait poser des problèmes d’entrave à la concurrence, comme ce fut le cas lors des précédentes tentatives de consolidation dans le secteur.
Le réseau fibre en ligne de mire
Par ailleurs, une autre piste à l’étude serait la vente séparée du réseau fibre de SFR, valorisé entre 3 et 5 milliards d’euros selon Capital. L’infrastructure FTTH (fiber to the home), dont Altice détient la majeure partie via sa filiale XpFibre, pourrait intéresser des fonds d’investissement spécialisés dans les actifs à long terme et peu risqués, comme Brookfield, Macquarie ou Ardian.
Le marché de la fibre est vu comme un actif stratégique, car il génère des revenus récurrents et bénéficie d’un fort soutien public dans le cadre du plan France Très Haut Débit.
Une pression croissante sur Patrick Drahi
Pour Patrick Drahi, longtemps salué comme un financier audacieux, la situation devient de plus en plus précaire. En août 2023, son nom avait été éclaboussé par une enquête judiciaire au Portugal dans une affaire de corruption et de blanchiment impliquant des cadres d’Altice. Depuis, plusieurs cadres ont quitté le groupe, et la confiance des investisseurs est ébranlée.
Dans ce contexte, la cession de SFR ou de certains de ses actifs pourrait marquer un tournant historique pour Altice. Elle permettrait non seulement de réduire la dette, mais aussi de recentrer les activités du groupe.
Vers une recomposition du marché des télécoms
Le sort de SFR ne concerne pas seulement ses 20 millions d’abonnés. Il pourrait bouleverser tout le secteur des télécoms en France, qui compte aujourd’hui quatre grands opérateurs. Une consolidation du marché est depuis longtemps évoquée comme inévitable pour améliorer la rentabilité du secteur, minée par la guerre des prix depuis l’arrivée de Free Mobile en 2012.
La situation de SFR pourrait bien précipiter ce mouvement. Reste à savoir qui osera faire le premier pas… et avec l’aval de l’État.