L’Afrique du Sud ambitionne de devenir un acteur mondial de premier plan dans la production d’ammoniac vert, avec un projet colossal de 5,8 milliards de dollars lancé sur sa côte est. Développée conjointement par la société britannique Hive Energy et son partenaire sud-africain BuiltAfrica, cette initiative vise à exploiter l’énergie renouvelable abondante du pays pour produire l’un des ammoniacs les moins chers au monde, principalement destinés à l’exportation vers l’Europe et l’Asie.
Installée au port de Coega, l’infrastructure bénéficiera des capacités existantes de dessalement, d’une logistique maritime déjà opérationnelle, et d’un approvisionnement en énergie solaire et éolienne favorable. Selon Colin Loubser, PDG Afrique de Hive Energy, l’usine vise une production annuelle d’un million de tonnes métriques d’ici fin 2029, avec un coût de revient estimé à seulement 650 dollars la tonne, contre une moyenne mondiale actuelle de 760 dollars.
L’ammoniac vert, produit à partir d’hydrogène issu de l’électrolyse de l’eau alimentée par des énergies renouvelables, est devenu une solution de transport privilégiée pour l’hydrogène lui-même, difficile à acheminer sur longue distance. En plus d’être un ingrédient clé dans la fabrication d’engrais, il pourrait jouer un rôle central dans la transition énergétique mondiale.
Présent à la conférence énergétique de Cape Town, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a déclaré que « l’hydrogène est un pont vers une nouvelle industrie d’exportation pour les pays africains ». Le projet Coega est l’un des 52 projets d’hydrogène à grande échelle en développement sur le continent, dans un contexte de rivalité croissante avec d’autres pays africains comme l’Égypte, la Namibie ou le Maroc.
Loubser estime que ce projet offre aux investisseurs un rendement à deux chiffres et que la production pourrait être portée à terme à 4 millions de tonnes par an. Des discussions sont déjà en cours avec des clients potentiels en Europe, au Japon et en Corée. Toutefois, il souligne que la concurrence internationale — notamment via les subventions accordées dans des pays comme l’Australie ou l’Inde — pourrait remettre en question la compétitivité du continent à long terme.
Selon le ministère sud-africain du Commerce et de l’Industrie, le pays pourrait approcher un coût de 1 dollar par kilogramme d’hydrogène vert d’ici 2050, un niveau qui le placerait parmi les producteurs les plus compétitifs à l’échelle mondiale.