Hermès–LVMH : un héritier réclame 14 milliards d’euros et relance la guerre du luxe (pexels)
Hermès–LVMH : un héritier réclame 14 milliards d’euros et relance la guerre du luxe (pexels)

L’affaire prend une dimension spectaculaire : Nicolas Puech, 82 ans, héritier de la dynastie Hermès et résident suisse, accuse son ancien gestionnaire de fortune de l’avoir dépossédé de millions d’actions du sellier, qu’il estime aujourd’hui avoir été revendues au profit de LVMH et de son patron Bernard Arnault. L’homme réclame devant la justice civile française 14,3 milliards d’euros, montant correspondant à 5,76 % du capital d’Hermès.

Un héritier qui dit avoir été spolié

L’assignation a été déposée en mai 2025, prolongeant un dossier déjà ouvert sur le terrain pénal. Nicolas Puech affirme que son ex-gestionnaire, Eric Freymond, mis en examen avant son suicide en juillet 2024, a organisé des montages financiers visant à transférer six millions d’actions Hermès hors de son patrimoine. Ces titres, hérités directement de la maison fondée par son arrière-grand-père, représenteraient aujourd’hui plus de 14 milliards d’euros au cours du marché. Selon des informations relayées dans la presse, l’ancien gestionnaire aurait reconnu devant les juges avoir vendu dès 2008 près de 4,8 millions de ces actions à LVMH, bien avant le raid boursier qui avait secoué Hermès au début des années 2010. Un épisode que la direction d’Hermès observe depuis longtemps avec circonspection : le gérant Axel Dumas avait publiquement laissé entendre que Nicolas Puech « n’avait plus ses actions », sans que la situation ne soit clarifiée depuis.

Hermès face à LVMH, un vieux duel ravivé

Cette plainte renvoie à l’une des batailles financières les plus marquantes de la Bourse de Paris. Entre 2010 et 2014, LVMH avait patiemment acquis une part importante du capital d’Hermès sans déclarer ses franchissements de seuils, déclenchant un séisme dans la famille fondatrice et chez les autorités boursières. La riposte d’Hermès avait pris la forme d’une holding familiale verrouillant le capital, tandis que LVMH finissait par se retirer après une amende record de 8 millions d’euros, dérisoire à l’échelle du géant du luxe, tout en dégageant une plus-value de 2,4 milliards d’euros. Aujourd’hui, une question centrale demeure : la montée secrète de LVMH dans Hermès aurait-elle bénéficié de titres subtilisés à l’un des héritiers ? Et dans quelle mesure Bernard Arnault ou son groupe auraient-ils eu connaissance de l’origine de ces actions ?

Un dossier explosif aux zones d’ombre persistantes

L’enquête pénale se poursuit à Paris, malgré le décès du gestionnaire mis en cause, et la procédure civile introduite par Nicolas Puech vise désormais directement LVMH et son président. Ni le groupe de Bernard Arnault ni les avocats de l’héritier n’ont souhaité commenter ces nouvelles accusations. Entre vieilles rivalités industrielles, soupçons de spoliation et enjeux financiers colossaux, l’affaire remet en lumière une fracture ancienne entre deux empires du luxe français. Elle pourrait surtout, si les montages reprochés étaient confirmés, réécrire l’histoire du plus célèbre affrontement boursier des quinze dernières années.

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