Eurostar contre-attaque : 50 nouveaux trains pour résister à la concurrence
Eurostar contre-attaque : 50 nouveaux trains pour résister à la concurrence

Menacé par l’arrivée de concurrents de poids sur la ligne transmanche, Eurostar ne compte pas céder son monopole sans riposter. Alors que plusieurs opérateurs annoncent leur intention de se lancer d’ici 2029, la compagnie prévoit un plan de croissance massif : 2 milliards d’euros d’investissements et deux nouvelles lignes à l’horizon 2030.

Un marché juteux, des rivaux ambitieux

Virgin, Trenitalia, Gemini Trains, Heuro… Les prétendants se multiplient pour capter une part des 11,5 millions de passagers annuels qui voyagent entre Londres, Paris, Bruxelles et Amsterdam. Tous misent sur l’ouverture progressive du marché, rendue possible par l’augmentation de la capacité du tunnel sous la Manche, la simplification des normes techniques et l’accessibilité accrue du centre de maintenance de Temple Mills, jusqu’ici aux mains d’Eurostar. Le géant britannique, propriété à 55 % de la SNCF, voit donc se profiler une nouvelle ère : celle de la compétition sur une ligne qu’il occupait seul depuis 1994. Face à cette offensive, Eurostar prévoit de renforcer sa flotte avec 50 trains supplémentaires, qui porteront sa capacité en sièges à +35 % d’ici la fin de la prochaine décennie. Deux nouvelles liaisons sont également annoncées : Londres-Cologne et Londres-Genève dès 2030.

Bataille pour les rails… et pour les dépôts

Mais la guerre ne se joue pas que sur les rails. Elle s’intensifie autour des infrastructures clés, notamment Temple Mills, le site de maintenance londonien stratégique pour toute compagnie souhaitant opérer des lignes transmanche. Eurostar, qui y a investi plus de 100 millions d’euros et emploie 450 personnes, entend bien le conserver en priorité. Une position contestée par les nouveaux entrants, qui accusent l’opérateur historique de verrouiller l’accès. L’Office Rail and Road, régulateur britannique, exige désormais des dossiers précis pour trancher entre les candidats. Car au-delà des trains, c’est la rareté des créneaux horaires (les « sillons ») et l’accès aux gares qui limiteront la place de chacun. Et sur ce point, Eurostar, déjà bien installé à Saint-Pancras, Bruxelles et Paris, part avec une longueur d’avance. Derrière les annonces d’investissement se cache donc un enjeu de taille : défendre une rente historique face à une concurrence qui promet, elle, des prix plus bas et un trafic triplé d’ici 15 ans. Une équation complexe pour les régulateurs… et un défi stratégique pour Eurostar, bien décidé à ne pas se laisser détrôner sur sa propre ligne.

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