Le choc est désormais mesurable. Depuis l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane américains au cœur de l’été, les exportations françaises de vins et spiritueux vers les États-Unis ont reculé de 20 à 25 %. La baisse est observée depuis le mois d’août, date à laquelle une taxe de 15 % a été appliquée à la majorité des produits européens entrant sur le territoire américain. Pour la filière, il s’agit d’un coup sévère porté à son premier marché à l’export, dans un contexte international déjà fragilisé par les tensions commerciales et le ralentissement de la consommation. Selon la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux, cette contraction rapide n’a rien de surprenant. Elle s’inscrit dans une continuité historique, directement comparable aux effets des droits de douane imposés en 2019 sous la présidence de Donald Trump. À l’époque déjà, les taxes américaines avaient provoqué une chute brutale des volumes exportés, avant une lente reprise. En 2025, le scénario se répète presque à l’identique, confirmant la forte sensibilité du secteur à toute barrière tarifaire sur le marché américain. Le recul observé représente une perte d’activité équivalente à environ un quart du chiffre d’affaires par rapport aux niveaux enregistrés ces dernières années. L’impact est d’autant plus important que les États-Unis constituent le premier débouché à l’export pour les vins et spiritueux français, avec près de quatre milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Toutes les régions sont concernées, sans distinction, même si certaines productions à forte valeur ajoutée apparaissent plus exposées.
Une filière et des entreprises fragilisées
Si le bilan global commence à se dessiner, il reste encore trop tôt pour établir un décompte précis des entreprises en grande difficulté financière. La fédération souligne toutefois que certaines zones subissent de plein fouet l’accumulation des crises. La région charentaise, fortement dépendante des exportations de cognac, concentre une part importante des inquiétudes. Entre les tensions commerciales avec les États-Unis et les difficultés rencontrées sur le marché chinois, plusieurs entreprises connaissent des situations critiques, certaines étant déjà engagées dans des procédures judiciaires. Cette fragilité met en lumière un déséquilibre structurel ancien. La dépendance à un nombre limité de grands marchés, au premier rang desquels les États-Unis et la Chine, expose la filière à des chocs brutaux dès que le contexte géopolitique ou commercial se tend. Pour les représentants du secteur, cette situation confirme la nécessité d’accélérer la diversification des débouchés, afin de réduire la vulnérabilité face aux décisions unilatérales de grandes puissances économiques.
Les pistes évoquées s’inscrivent dans une logique d’ouverture commerciale
L’Amérique du Sud, et en particulier le Brésil, apparaît comme une alternative crédible à moyen terme. L’Inde est également identifiée comme un marché stratégique, malgré des droits de douane encore élevés qui freinent l’accès des vins et spiritueux européens. Des discussions sont en cours entre l’Union européenne et l’Inde afin d’assouplir ces barrières et de faciliter les échanges. Dans cette perspective, la fédération se montre favorable à la signature de l’accord commercial avec le Mercosur, perçu comme un levier pour ouvrir de nouveaux marchés et rééquilibrer les flux d’exportation. Cette position tranche avec les réticences exprimées par d’autres segments de l’agriculture française, plus exposés à la concurrence sud-américaine. Le message porté par la filière est clair. La liberté du commerce international demeure un enjeu central pour sa survie économique. À défaut, chaque nouvelle mesure protectionniste se traduit par une contraction immédiate des ventes, des pertes de chiffre d’affaires et une fragilisation durable du tissu d’entreprises. Dans un monde où les règles commerciales évoluent au gré des rapports de force politiques, les producteurs français de vins et spiritueux se retrouvent une fois encore en première ligne, contraints d’adapter leur stratégie pour ne pas rester prisonniers d’un marché devenu imprévisible.