En Martinique, la taxe carbone européenne fait redouter un choc pour le BTP
En Martinique, la taxe carbone européenne fait redouter un choc pour le BTP

Depuis le 1er janvier 2026, le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), souvent présenté comme la taxe carbone européenne, est pleinement entré en vigueur. Conçu pour protéger l’industrie de l’Union européenne face à la concurrence de pays aux normes environnementales moins strictes, ce dispositif suscite de vives inquiétudes dans les territoires ultramarins, en particulier en Martinique, où le secteur du bâtiment et des travaux publics redoute une nouvelle flambée des coûts. Le mécanisme prévoit une taxation des importations de certains matériaux en fonction de leur empreinte carbone, notamment l’acier, l’aluminium et le clinker, composant essentiel du ciment. Or, en Martinique, aucune production locale de clinker n’existe. Les industriels sont donc contraints de s’approvisionner hors Union européenne, ce qui les expose directement à la nouvelle taxe.

Une dépendance structurelle aux importations

Les acteurs de la filière ciment rappellent que le clinker représente entre 70 et 85 % de la composition du ciment. Faute d’alternative locale ou européenne viable, les importations sont incontournables. Les volumes concernés sont conséquents, avec plus de 120 000 tonnes de clinker importées sur l’île au cours de l’année écoulée. Selon les professionnels, l’impact financier du MACF ne pourra pas être absorbé par les entreprises. La hausse attendue se traduirait par une augmentation significative du prix du ciment, estimée à plus de 10 %, soit plusieurs dizaines d’euros supplémentaires par tonne. À terme, le coût de la taxe pourrait dépasser le chiffre d’affaires de certains acteurs, rendant inévitable une répercussion sur l’ensemble de la chaîne, des producteurs de béton aux artisans, jusqu’aux particuliers.

Un risque de frein durable à l’activité

Cette nouvelle pression intervient dans un contexte déjà fragilisé. Le secteur du BTP martiniquais fait face depuis plusieurs années à une baisse de l’activité, accentuée par les crises successives, l’inflation et les mouvements sociaux. Les industriels estiment que le coût global de la construction pourrait augmenter de 3 à 5 %, un niveau jugé incompatible avec une relance durable du marché. Les craintes portent notamment sur les projets de logements sociaux, identifiés comme l’un des rares leviers actuels de redémarrage de l’activité. Une hausse supplémentaire des coûts pourrait retarder, voire compromettre, ces chantiers, avec des conséquences directes sur l’emploi dans un secteur qui représente plusieurs milliers de postes sur l’île.

Des exemptions réclamées pour l’Outre-mer

Si les industriels reconnaissent l’intérêt du principe du MACF pour rétablir une concurrence équitable entre producteurs européens et étrangers, ils contestent son application uniforme aux territoires ultramarins. La dépendance quasi totale aux importations hors UE rend, selon eux, la mesure inadaptée aux réalités économiques locales. Les représentants du secteur dénoncent l’absence d’étude d’impact spécifique pour les régions ultrapériphériques et appellent à des aménagements, voire à des exemptions. Ils estiment que, sans adaptation, la taxe carbone européenne pourrait fragiliser durablement le BTP martiniquais, au détriment de l’activité économique et de l’emploi.

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