Bercy envisage de débloquer jusqu’à 2 000 euros d’épargne salariale pour relancer la consommation
Bercy envisage de débloquer jusqu’à 2 000 euros d’épargne salariale pour relancer la consommation

Pour tenter de redonner de l’élan à la consommation des ménages, le ministère de l’Économie étudie une mesure ciblée sur les salariés aux revenus modestes. Selon les éléments présentés début janvier, Ministère de l’Économie souhaite autoriser, dès 2026, certains salariés à retirer de manière exceptionnelle une partie de leur épargne salariale, sans fiscalité sur le revenu. Le dispositif concernerait les salariés rémunérés jusqu’à deux fois le Smic et porterait sur un montant maximal de 2 000 euros. Aujourd’hui, les sommes placées sur un plan d’épargne entreprise sont en principe bloquées pendant cinq ans. Des déblocages anticipés existent déjà, mais ils sont limités à des situations bien définies, comme certains événements familiaux ou des dépenses liées à la transition énergétique. Le projet à l’étude introduirait donc une nouvelle exception, motivée cette fois par un objectif macroéconomique : injecter rapidement des liquidités dans l’économie réelle. Le cabinet de Serge Papin, ministre chargé des PME et du pouvoir d’achat, estime que la mesure aurait un impact direct pour les bénéficiaires, sans remettre en cause la vocation des plans d’épargne salariale à financer les entreprises. L’intéressement est présenté comme un levier immédiat, susceptible de compléter les revenus disponibles et d’encourager les dépenses de consommation dans un contexte de croissance atone.

Un déblocage ciblé, mais un débat social ouvert

Le volume d’épargne concerné n’est pas négligeable. Les encours des plans d’épargne salariale atteignent environ 200 milliards d’euros. Le dispositif envisagé pourrait permettre de libérer près de 4 milliards d’euros, selon les premières estimations. Les sommes débloquées seraient exonérées d’impôt sur le revenu, tout en restant soumises aux prélèvements sociaux, notamment la CSG et la CRDS. Autre condition envisagée : l’épargne concernée devrait avoir été constituée avant le 31 décembre 2025. Le projet a été présenté aux partenaires sociaux, suscitant des réactions contrastées. Du côté syndical, certaines réserves se font entendre. CFDT rappelle que la question du pouvoir d’achat relève avant tout des salaires et souligne que la mesure profiterait surtout aux salariés des entreprises disposant déjà de dispositifs d’épargne salariale, souvent les plus grandes structures. À l’inverse, les organisations patronales accueillent plus favorablement l’initiative. La CPME soutient un mécanisme qui permettrait, selon elle, d’injecter rapidement de l’argent dans l’économie sans alourdir les charges des entreprises. Elle plaide même pour un élargissement du dispositif, en relevant le plafond de revenus à trois Smic et en augmentant le montant déblocable. Le Medef, de son côté, ne s’est pas encore exprimé officiellement. Au-delà des positions des uns et des autres, la mesure soulève une question de fond sur l’équilibre entre épargne et consommation. En permettant un déblocage anticipé, l’exécutif assume une approche pragmatique, privilégiant un soutien rapide à la demande intérieure plutôt qu’une réforme structurelle des revenus. Reste à savoir si cet afflux ponctuel de liquidités suffira à produire l’effet escompté sur la croissance. Les discussions se poursuivent entre Bercy et les partenaires sociaux. Si le projet aboutit, sa mise en œuvre passerait par un décret, sans débat parlementaire. Pour les salariés concernés, la perspective d’un déblocage exceptionnel pourrait représenter une bouffée d’oxygène. Pour l’exécutif, il s’agit surtout d’un pari économique, celui d’une consommation relancée par l’épargne accumulée plutôt que par une hausse durable des salaires.

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