Nucléaire : EDF investit dans la future centrale britannique de Sizewell C
Nucléaire : EDF investit dans la future centrale britannique de Sizewell C

C’est un nouveau virage stratégique pour le géant français de l’électricité. EDF a officialisé, mardi 8 juillet, sa participation à hauteur de 12,5 % dans le projet nucléaire britannique de Sizewell C, situé dans le Suffolk, sur la côte est de l’Angleterre. Ce chantier, qui prévoit la construction de deux réacteurs EPR, est au cœur du renouveau énergétique voulu par le gouvernement britannique. Le groupe français prévoit d’y injecter jusqu’à 1,1 milliard de livres sterling, un investissement qui inclut les fonds déjà engagés depuis 2018. EDF assurera également la maîtrise d’œuvre du site, alors même que les travaux n’ont pas encore démarré. Si le gouvernement britannique espère finaliser le financement cet été, le flou persiste autour du coût total de la centrale. Le soutien public britannique s’élève déjà à près de 18 milliards de livres, mais aucune estimation officielle n’a encore été livrée pour Sizewell C. Le fonds canadien Brookfield serait prêt à prendre plus de 20 % des parts, tandis que le groupe Centrica envisage une participation de 15 %. 

Un projet stratégique mais un risque financier considérable

EDF, de son côté, reste déjà fortement engagé outre-Manche, avec 72,6 % du capital d’Hinkley Point C, un autre chantier EPR dont le budget s’est envolé jusqu’à 34 milliards de livres (aux prix de 2015), pour une mise en service repoussée entre 2029 et 2031. La Cour des comptes française, dans un rapport publié en janvier, avait pourtant mis en garde contre une nouvelle exposition financière à l’étranger, recommandant d’attendre un désengagement partiel d’Hinkley Point avant d’investir dans Sizewell C. L’avertissement n’a pas été entendu. EDF, fragilisé par des années de retards et de surcoûts sur plusieurs chantiers, tente désormais de diversifier ses financements. Le 20 juin, le groupe a annoncé avoir sollicité le fonds américain Apollo pour lever 4,5 milliards de livres via des obligations non cotées.

Malgré les mises en garde, l’exécutif français affiche son enthousiasme

L’Élysée salue une « excellente nouvelle » qui renforcerait « la présence d’EDF au Royaume-Uni », où l’énergéticien exploite déjà neuf réacteurs. La future centrale devrait aussi offrir de la visibilité industrielle à ses équipes et à son outil de production. Ce nouveau front britannique s’ouvre alors qu’EDF sort à peine du cauchemar de Flamanville, en Normandie, où le chantier de l’EPR a accumulé retards et dérives budgétaires. Et pendant ce temps, l’État français prévoit la construction de six nouveaux réacteurs dans l’Hexagone. Pour le groupe nationalisé, l’équation s’annonce complexe : satisfaire les ambitions nucléaires de Paris tout en soutenant celles de Londres, sans exploser ses capacités financières.

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