Malgré une moisson 2025 de blé tendre revenue à la normale après l’année catastrophique de 2024, les producteurs français risquent de voir leurs stocks gonfler. Le cabinet d’analyse Argus Media prévoit une production à 33,4 millions de tonnes, un rebond de 30 % qui reste toutefois 4,5 % sous la moyenne 2017-2023. Mais l’exportation, clé pour équilibrer le bilan, patine : seulement 8 millions de tonnes hors UE estimées, contre 9,5 nécessaires. Les débouchés historiques comme l’Algérie et la Chine se tarissent, tandis que la concurrence russe et mondiale explose. Un paradoxe amer pour les céréaliers, piégés par des tensions diplomatiques et une offre globale record.
Un rebond de production insuffisant face à la surabondance mondiale
Argus Media table sur un rendement de 7,44 tonnes par hectare, boosté par une surface de 4,49 millions d’hectares. Ce chiffre, bien au-dessus des 25,6 millions de tonnes de 2024, masque des conditions météo défavorables qui ont maintenu la production en bas de fourchette. Les entretiens menés par le cabinet auprès de fermiers, traders et coopératives confirment un été mitigé, avec des pluies tardives et des maladies qui ont rogné les gains potentiels. Pourtant, tous les grands exportateurs affichent des records : la Russie vise 86,1 millions de tonnes pour 2025, l’Ukraine et l’Argentine suivent, inondant les marchés. « La pression des récoltes russes arrive enfin, refroidissant les espoirs français », note un analyste d’Argus. Les prix du blé sur Euronext chutent à des bas de plus d’un mois, avec une livre à 510,56 dollars le boisseau le 29 août, en baisse de 4,17 % sur un an. Cette surabondance globale éclipse la France, traditionnellement leader européen. Les stocks de fin de saison pourraient atteindre un pic de 21 ans si les exportations ne décollent pas, forçant une utilisation accrue en alimentation animale ou une intervention UE pour stabiliser les prix. Les céréaliers, déjà échaudés par 2024, craignent un entreposage forcé et des pertes financières, alors que la demande mondiale stagne face à une offre pléthorique.
Débouchés perdus et concurrence féroce
L’Algérie, qui avalait 5,6 millions de tonnes de blé français en 2019-2020 et encore 1,8 million en 2023-2024, a claqué la porte pour motifs diplomatiques. Depuis cinq ans, Alger privilégie la Russie, d’abord pour des raisons économiques, prix bas et proximité, puis politiques, au gré des tensions franco-algériennes. Résultat : zéro tonne prévue pour 2025, un vide béant que la France peine à combler. La Chine, autre pilier historique, se tourne vers ses fournisseurs internes et l’Australie, limitant les opportunités. La Russie, malgré ses quotas d’export, inonde l’Afrique du Nord et l’Asie, tandis que l’Argentine et le Canada profitent de récoltes abondantes. En Europe, les exportations intra-UE pourraient compenser partiellement, avec des ventes vers l’Espagne assoiffée par la sécheresse, mais cela ne suffit pas. FranceAgriMer, dans ses estimations récentes, prévoit une baisse des stocks mais une dépendance accrue aux marchés internes. Les analystes soulignent que sans regain diplomatique, comme une réouverture algérienne, la France risque un excédent structurel, piquant par son ironie : une bonne récolte qui profite à la concurrence.