Emploi dans la défense : un secteur stratégique en pleine crise d’attractivité
Emploi dans la défense : un secteur stratégique en pleine crise d’attractivité

L’industrie de la défense, pilier de la souveraineté nationale, peine à attirer les talents dont elle a pourtant un besoin urgent. En dépit d’une explosion des budgets militaires en Europe, la filière souffre d’un désintérêt croissant, en particulier chez les jeunes diplômés. Selon une étude menée par PageGroup, un candidat sur cinq refuse catégoriquement d’y travailler, invoquant le manque de sens, la rigidité administrative et une image trop élitiste. Depuis quatre ans, les dépenses militaires européennes ont bondi de plus de 30 %. En France, qui concentre près de la moitié des offres d’emploi du secteur sur le continent, la demande dépasse largement l’offre. Les entreprises recrutent à tour de bras ingénieurs systèmes embarqués, experts en cybersécurité, techniciens de maintenance et spécialistes en intelligence artificielle. 

Un secteur en quête de sens et de diversité

Malgré un poids économique estimé à 30 milliards d’euros et plus de 4 000 entreprises, dont un quart jugées stratégiques, la défense souffre d’un déficit d’image. Seuls 47 % des candidats citent la rémunération comme facteur d’intérêt, et 20 % évoquent la passion de l’innovation technologique. Pour les autres, le secteur reste trop fermé, trop masculin, et souvent en décalage avec les aspirations d’une génération davantage tournée vers les énergies vertes ou le numérique civil. Les femmes, notamment, se tournent plus volontiers vers l’aéronautique ou le pharmaceutique, creusant un déséquilibre déjà prononcé. Le ministère des Armées, de son côté, affiche des ambitions considérables : 40 000 recrutements civils et militaires prévus pour 2024, et 80 000 réservistes à atteindre d’ici 2030. Mais cette dynamique se heurte à des difficultés concrètes : retards de paiement, manque de logements pour les nouvelles recrues, tensions entre personnels d’active et réservistes. Les armées doivent composer avec une pénurie de main-d’œuvre et une fidélisation rendue complexe par la concurrence du privé.

Former, fidéliser, moderniser : les trois urgences du secteur

Les industriels et les institutions multiplient désormais les initiatives pour retenir les talents. Programmes de formation interne, passerelles entre sous-traitants et donneurs d’ordre, ou encore revalorisation salariale : tout est mis en œuvre pour stabiliser les effectifs. Car la volatilité atteint un niveau inédit. Plus de 80 % des ingénieurs interrogés affirment être sollicités par plusieurs entreprises à la fois, et 64 % reçoivent des propositions chaque mois. Derrière cette tension structurelle, c’est l’ensemble de la chaîne de compétences qui vacille. Le manque d’enseignants spécialisés, l’insuffisance de passerelles entre formations civiles et industrielles, ou la faible visibilité des grands programmes nationaux (SCAF, MGCS, Hydrogène Défense) freinent l’émergence de nouvelles vocations. Conscients de l’enjeu, les pouvoirs publics prévoient une vaste campagne de communication axée sur la cybersécurité, la robotique et l’intelligence artificielle militaire. Objectif : dépoussiérer une image vieillissante et présenter la défense non plus comme une forteresse, mais comme un moteur d’innovation technologique et de souveraineté nationale.

Que retenir rapidement ?

L’industrie de la défense, pilier de la souveraineté nationale, peine à attirer les talents dont elle a pourtant un besoin urgent. En dépit d’une explosion

Partager