L’absentéisme continue de progresser dans les entreprises françaises. Selon le Baromètre Absentéisme Privé 2026 publié le 6 octobre par le cabinet de conseil WTW, le taux d’absentéisme dans le secteur privé a atteint 4,95 % en 2025, contre un niveau légèrement inférieur l’année précédente. Il s’agit de la deuxième année consécutive de hausse depuis 2023. Cette étude, réalisée auprès de 3 100 entreprises représentant 427 800 équivalents temps plein, révèle que les absences restent durablement plus fréquentes qu’avant la crise sanitaire. Dans les années 2010, leur taux était généralement inférieur à 4 %. Si le niveau de 2025 demeure en dessous du pic de 5,3 % enregistré en 2022, les résultats confirment que le retour aux conditions d’avant la pandémie ne s’est pas produit.
Derrière cette moyenne se cache une évolution particulièrement significative : les arrêts de travail ont tendance à durer plus longtemps. En 2025, la durée moyenne d’absence atteint 38 jours, soit deux jours supplémentaires par rapport à 2023. Environ 34 % des salariés ont été absents au moins une fois dans l’année, une proportion relativement stable. En revanche, la durée cumulée des arrêts contribue à maintenir le taux global à un niveau élevé. L’étude souligne également une forte concentration des absences : seulement 4 % des salariés, correspondant à ceux qui cumulent plus de 90 jours d’absence annuelle, représentent 61 % du volume total. À l’inverse, 41 % des personnes ayant connu un arrêt n’ont été absentes qu’entre un et sept jours sur l’ensemble de l’année. Ces différences montrent que l’absentéisme ne peut être analysé uniquement à partir du nombre de salariés concernés.
Les femmes et les salariés de plus de 50 ans davantage concernés
L’étude met en évidence des écarts importants entre les catégories de salariés. Les personnes de plus de 50 ans et les non-cadres présentent un taux d’absentéisme supérieur de 26 % à la moyenne observée dans le panel. Les femmes sont également davantage concernées, avec un niveau supérieur de 21 % à cette moyenne. L’écart entre les femmes et les hommes atteint désormais près de 40 %. En 2025, 37 % des salariées ont connu au moins un arrêt de travail, contre 30 % des salariés masculins. Les différences observées tiennent notamment à la fréquence des absences, mais également à leur durée. Le baromètre relève en particulier une augmentation des arrêts chez les femmes âgées de 30 à 40 ans, une période de la vie professionnelle souvent marquée par des responsabilités familiales importantes.
Ces disparités ne peuvent cependant pas être expliquées par un seul facteur. Les conditions de travail, la pénibilité physique, les horaires, les risques psychosociaux et les problèmes de santé contribuent à dessiner des situations très différentes selon les métiers. La répartition des femmes et des hommes dans les secteurs professionnels joue également un rôle. Certaines activités particulièrement féminisées impliquent des contraintes physiques, émotionnelles ou organisationnelles importantes. Le baromètre évoque aussi les difficultés rencontrées après une naissance, avec une augmentation de l’absentéisme féminin estimée entre 10 et 15 % au cours de l’année suivante. Pour les entreprises, ces résultats soulignent l’intérêt d’une prévention adaptée aux réalités professionnelles, plutôt que de mesures identiques pour l’ensemble des salariés.
Une progression particulièrement marquée chez les cadres et les jeunes
Autre enseignement notable, l’absentéisme progresse fortement chez des catégories traditionnellement moins touchées. Entre 2023 et 2025, celui des cadres a augmenté de 17 %. Leur taux reste néanmoins inférieur à celui des autres salariés, à 2,65 %, contre 6,23 % pour les non-cadres. Cette hausse interroge les conditions d’exercice des fonctions d’encadrement, marquées notamment par des responsabilités importantes, des transformations organisationnelles et des exigences de disponibilité. Les cadres peuvent également être confrontés à des situations de surcharge de travail ou à des difficultés de conciliation entre leur activité professionnelle et leur vie personnelle. Ces différents éléments constituent des pistes d’analyse, même si le baromètre ne permet pas d’attribuer directement la progression observée à une cause unique.
Les jeunes actifs connaissent eux aussi une augmentation sensible des absences. Chez les moins de 40 ans, le taux d’absentéisme a progressé d’environ 10 % en deux ans pour atteindre 4,14 % en 2025. Cette évolution s’inscrit dans un débat plus large sur les attentes des nouvelles générations, notamment en matière d’organisation du travail, de reconnaissance professionnelle et de santé mentale. D’autres études récentes ont également mis en évidence une progression des troubles psychologiques parmi les causes d’arrêts longs, particulièrement chez les plus jeunes. Selon le Datascope 2026 d’AXA France, les troubles psychologiques représentent désormais un arrêt de longue durée sur deux chez les salariés de moins de 30 ans. Cette situation conduit les employeurs à s’interroger sur l’efficacité de leurs dispositifs de prévention et d’accompagnement.
Un coût organisationnel et financier qui pousse les entreprises à agir
Pour les entreprises, les conséquences de l’absentéisme dépassent largement la seule question du maintien de salaire. Les absences répétées ou prolongées peuvent désorganiser les équipes, nécessiter le recrutement de remplaçants, augmenter la charge de travail des collaborateurs présents et compliquer la continuité de certaines activités. Les petites structures peuvent être particulièrement exposées lorsqu’elles disposent de peu de personnel pour remplacer un salarié absent. Le phénomène représente également un enjeu financier pour les organismes de protection sociale et les assureurs. Toutefois, les arrêts de travail ne doivent pas être systématiquement assimilés à des comportements abusifs. Ils peuvent traduire des problèmes de santé réels, des accidents, des maladies chroniques ou des difficultés liées aux conditions professionnelles.
Face à cette situation, WTW recommande aux employeurs de dépasser les statistiques générales pour analyser précisément les caractéristiques des absences dans leurs organisations. L’identification des métiers, des tranches d’âge ou des situations professionnelles les plus exposées peut permettre de mieux cibler les actions de prévention. L’amélioration des conditions de travail, la prévention des risques psychosociaux, l’adaptation des postes et l’accompagnement des salariés après un arrêt prolongé figurent parmi les leviers possibles. La publication de ce baromètre intervient également après le lancement, en juin 2026, du Plan Santé au Travail 2026-2030, qui vise à renforcer la prévention et la coordination entre les acteurs concernés. Avec un taux d’absentéisme proche de 5 %, les entreprises françaises font désormais face à un phénomène durable, dont la maîtrise dépend autant de la protection de la santé des salariés que de l’organisation du travail.

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