À Ciudad Juarez, ville frontalière du nord du Mexique, l’économie locale est durement frappée par les politiques commerciales américaines. Depuis deux ans, plus de 64 000 emplois industriels ont disparu, conséquence directe des tarifs douaniers intermittents imposés par l’administration du président Donald Trump, combinés à une hausse des coûts de la main-d’œuvre et à des réformes judiciaires qui ont accru l’incertitude des investisseurs.
Pendant plus d’une décennie, Fabiola Galicia a travaillé dans une usine de rubans décoratifs, gravissant les échelons jusqu’à superviser une trentaine d’employés. Mais en juin, ses heures de travail ont été réduites à trois jours par semaine, avant que l’usine, exploitée par Design Group Americas, ne ferme définitivement en août, laissant sur le carreau quelque 300 salariés. L’entreprise s’était placée le mois précédent sous la protection de la loi américaine sur les faillites.
Des scènes similaires se multiplient à Ciudad Juarez, plaque tournante des usines d’assemblage — les maquiladoras — qui fournissent le marché nord-américain. Désormais, des centaines de travailleurs se lèvent à l’aube pour faire la queue devant les rares usines qui recrutent encore. Mais les offres sont rares et précaires, incapables de compenser les fermetures en série.
Les entreprises locales peinent à absorber le choc des droits de douane imposés de manière irrégulière par Washington, qui fragilisent leurs chaînes d’approvisionnement et rendent leurs produits moins compétitifs. Dans certains cas, la seule issue pour les employeurs est de réduire massivement leurs effectifs, voire de mettre la clé sous la porte.
Cette crise de l’emploi frappe une région déjà marquée par des inégalités sociales profondes et une forte dépendance vis-à-vis du marché américain. Pour des milliers de familles de Ciudad Juarez, la perte de revenus plonge dans l’incertitude l’avenir de toute une génération, au moment même où l’économie mexicaine cherche à préserver ses liens commerciaux avec les États-Unis, son premier partenaire.