Candidat du Rassemblement national à l’élection législative partielle dans la 2e circonscription de Paris, Thierry Mariani se présente comme « la seule alternative au macronisme ». Face à Michel Barnier, soutenu par une large coalition allant de LR à Renaissance, l’ancien ministre assume le défi d’un territoire qu’il qualifie de « terre de mission » pour son parti, tout en affirmant vouloir incarner une opposition claire au président de la République et à ses alliés.
Entrevue : Vous êtes candidat à la législative partielle dans la 2e circonscription de Paris, tout en étant déjà investi pour les municipales de 2026. Pourquoi avoir choisi de vous lancer dès maintenant dans cette bataille législative ?
Thierry Mariani : Je serai candidat aux municipales le moment venu, c’est-à-dire que je commencerai ma campagne dans quelques semaines. Pour le moment, en raison du calendrier (NDLR : une élection législative ayant été annulée en juillet) l’actualité c’est surtout cette élection législative où, dimanche prochain, voteront les électeurs de tout le cinquième arrondissement, d’une partie du sixième et d’une partie du septième. Pourquoi me suis-je lancé ? Parce que tout simplement, c’est là où j’habite et où je vote. C’est tout simple. Et pourquoi cette élection est importante pour moi ? Parce que c’est l’occasion pour les électeurs de montrer qu’ils veulent en finir avec le macronisme.
Face à vous, Michel Barnier bénéficie du soutien d’un bloc très large allant de LR à Renaissance, en passant par le MoDem et Horizons. Comment comptez-vous vous démarquer face à ce front commun qui regroupe presque tout l’arc central dont l’épicentre électoral se trouve spécifiquement à Paris ?
Monsieur Barnier est le candidat, comme vous l’avez dit vous-même, de tous ceux qui à un moment ou à un autre ont soutenu Macron. Ce qui est intéressant, c’est que Renaissance a décidé de ne présenter personne puisqu’ils soutiennent monsieur Barnier. Donc monsieur Barnier est le candidat attrape-tout : à la fois il est aux Républicains, à la fois il vient de déclarer dans le journal Ouest-France qu’il faut que monsieur Lecornu fasse une alliance avec le Parti socialiste, et en même temps il a le soutien du parti de Macron. C’est pour ça que j’ai choisi comme slogan de campagne « en finir avec le macronisme », parce que monsieur Barnier c’est la quintessence du macronisme : socialiste, républicain et supporter de monsieur Macron ensemble. Je suis la seule alternative.
Paris reste souvent un terrain difficile pour le RN. Est-ce que cette campagne est pour vous un test grandeur nature pour démontrer que le RN peut désormais exister dans la capitale ? Et qu’est-ce qui ferait de votre candidature une exception, alors que l’on dit souvent que le RN n’arrive pas à s’implanter durablement à Paris ?
Vous avez raison, les scores du Rassemblement national à Paris sont extrêmement décevants. Je vous permets de rappeler qu’aux dernières municipales nous avions fait 1,47 %. On sait très bien que c’est une terre de mission. Le Rassemblement national est en tête dans deux communes sur trois en France, mais dans les grandes villes comme Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, nous faisons des scores extrêmement faibles. Pourquoi ? Parce que très souvent c’est une population plus aisée, plus ouverte à la mondialisation et qui n’a pas du tout les mêmes préoccupations que les Français. Donc je sais très bien que c’est une terre de mission. Petit à petit, on progresse. Je me souviens qu’en 2019, quand on distribuait des tracts, on se faisait quasiment insulter en permanence. Aujourd’hui, je ne dirais pas qu’on nous saute au cou, mais on nous accueille poliment et même quand on n’est pas d’accord, on nous répond poliment. Je vois que les choses changent, parce que l’image du parti a changé, le parti a changé.
Le RN a fait sa rentrée politique à Bordeaux, où Marine Le Pen et Jordan Bardella ont promis la censure rapide du gouvernement Lecornu. Comment cette ligne nationale nourrit-elle votre campagne parisienne ?
On voit très bien qu’aujourd’hui le choix de Lecornu à Matignon montre que Macron s’entête. Il a choisi son plus fidèle et plus ancien ministre. Un démocrate qui tirerait les conséquences de ses échecs aurait changé. Macron, lui, s’obstine à diriger la France avec un pré carré de fidèles. Marine Le Pen, Jordan Bardella et le Rassemblement national demandent d’urgence une dissolution, ou même si le président avait le courage, une démission. On ne peut pas attendre deux ans dans un pays où le président n’a aucune crédibilité ni soutien légitime. C’est du temps perdu. Pour moi, cette campagne est aussi l’occasion de répéter qu’il faut tourner la page du macronisme.
Et l’objectif du RN, c’est réellement la dissolution, ce n’est pas une simple posture ?
Non, notre objectif ce n’est pas la dissolution en soi, c’est de redonner la parole au peuple. Le seul moyen, c’est soit la dissolution, soit la démission du président s’il avait le courage. Aujourd’hui, il a une légitimité électorale, mais chacun a compris que le peuple ne le soutient plus.
Entrons dans le concret : le pouvoir d’achat et la vie chère pèsent lourdement sur les classes moyennes et populaires dans la capitale. Quelles mesures défendriez-vous à l’Assemblée nationale pour soulager concrètement les Parisiens ? Et en matière de sécurité, autre marqueur du RN, quelles mesures législatives proposez-vous pour lutter contre la délinquance, notamment dans les grandes villes comme Paris ?
Notre programme national est clair : l’État doit faire des économies pour que la pression fiscale en France baisse. Nous sommes le pays de l’OCDE où la fiscalité est la plus lourde. Monsieur Lecornu et ses prédécesseurs proposent de rajouter des impôts. Nous, nous voulons que l’État fasse des économies. C’est la seule solution. Ce n’est pas de créer de nouveaux impôts, mais de réduire les dépenses publiques. On voit que l’Italie de Giorgia Meloni, qu’on montrait du doigt avant son élection, y parvient. Donc pourquoi les Français n’y arriveraient-ils pas ?
Enfin, au-delà de cette législative, votre candidature est-elle avant tout un tremplin pour 2026 afin de préparer le terrain du RN aux municipales parisiennes ?
Non, ce n’était pas mon objectif d’en faire un tremplin. C’était simplement une occasion. Personne n’aurait compris que, dans la circonscription où j’habite, avec un siège vacant et une élection provoquée, je ne sois pas candidat. Même si cette élection est extrêmement difficile et nos espoirs limités, je pense que je devais y aller. Je suis originaire d’Orange, dans le Vaucluse. La devise de Guillaume d’Orange était : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». C’est exactement ma démarche. Je sais que c’est une terre de mission, mais si nous voulons gagner les élections présidentielles, nous devons progresser dans toutes les villes. Et Paris, avec ses problèmes de sécurité, de saleté, d’immigration et de coût de la vie, est un endroit où les Parisiens rencontrent les mêmes difficultés que les provinciaux.
Propos recueillis par Radouan Kourak