SONDAGE - Présidentielle 2027 : Bardella en tête, Philippe leader du bloc central, la gauche à la ramasse....
SONDAGE - Présidentielle 2027 : Bardella en tête, Philippe leader du bloc central, la gauche à la ramasse....

La présidentielle n’a lieu que dans deux ans, mais la mécanique électorale est déjà en marche. Une vaste enquête réalisée par l’Ifop pour l’Observatoire Hexagone, sur la base d’un échantillon exceptionnel de plus de 10 000 personnes, brosse les premiers contours du scrutin présidentiel de 2027. À ce stade, un scénario semble s’imposer : un second tour entre Édouard Philippe et un candidat du Rassemblement national, qu’il s’agisse de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella. Une hypothèse aujourd’hui dominante, qui cristallise les lignes de fracture de la société française.

Un RN plus fort que jamais au premier tour

Quel que soit le scénario testé, le Rassemblement national apparaît en tête du premier tour, avec entre 32 % et 35 % d’intentions de vote. Marine Le Pen et Jordan Bardella sont donnés au coude-à-coude, leur électorat étant interchangeable à plus de 90 %, preuve de la solidité du socle électoral du parti fondé par Jean-Marie Le Pen. Plus surprenant : le RN progresse désormais dans des segments électoraux qui lui étaient jusque-là peu favorables, à commencer par les retraités, dont 29 % disent aujourd’hui vouloir voter RN – un renversement historique. Chez les actifs, le RN domine également, rassemblant jusqu’à 36 % des intentions de vote, devenant de facto le parti de la « France qui travaille ».

Face à cette dynamique, Édouard Philippe, ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron et figure de proue du « bloc central », apparaît comme le seul capable de rivaliser. S’il est le candidat unique de cette famille politique, il recueille 22 % des intentions de vote, loin devant Gabriel Attal (14 %). À droite, Bruno Retailleau (8 à 10 %) et Laurent Wauquiez (3 %) peinent à s’imposer, leur espace politique semblant rétréci entre un centre solide et une droite nationale conquérante.

La gauche dispersée et affaiblie

À gauche, les hypothèses varient, mais toutes conduisent au même constat : l’impossibilité de se hisser au second tour en l’état actuel. Dans une configuration à deux candidats, Jean-Luc Mélenchon devance François Ruffin mais est légèrement battu par Raphaël Glucksmann (13 % contre 15 %). En cas de dispersion – Glucksmann, Mélenchon, Ruffin, Roussel, Tondelier et Arthaud chacun candidat – les voix se morcellent et aucun n’atteint les 15 %. Une telle désunion condamne la gauche à l’ombre, avec un total fragmenté sous les 30 % et aucune figure capable de briser le plafond de verre.

Philippe, seul remapart au RN au second tour ?

Le véritable enseignement du sondage réside dans les projections du second tour. Un duel Édouard Philippe – Jordan Bardella tournerait à l’égalité parfaite : 50 % chacun. Face à Marine Le Pen, Philippe l’emporterait de justesse (52 % contre 48 %). À l’inverse, dans les scénarios où le RN affronte Gabriel Attal, Bruno Retailleau ou Jean-Luc Mélenchon, c’est le RN qui s’impose systématiquement : 52 % face à Attal, 53 % contre Retailleau, et un cinglant 67 % contre Mélenchon. Ce dernier duel illustre une fracture politique majeure : plus de 40 % des électeurs refusent même de formuler une intention de vote dans une telle configuration, signe d’un rejet croisé puissant.

Un sondage à lire avec prudence, mais riche en signaux

Ce sondage, bien qu’il ne constitue pas une prévision, éclaire les dynamiques profondes du pays. L’étude, menée entre le 11 et le 30 avril auprès de 9 128 personnes inscrites sur les listes électorales, complétée par un second échantillon de 1 838 personnes, reflète un climat politique marqué par la polarisation et la lassitude démocratique. Le taux d’indécision est frappant : 28 % des sondés ne se prononcent pas dans l’hypothèse d’un duel Philippe-Bardella. Ce chiffre monte à 41 % dans un face-à-face Mélenchon-Bardella. L’abstention ou le vote blanc pourraient donc, une fois encore, jouer un rôle déterminant.

À deux ans de l’échéance, la France semble engagée sur une trajectoire singulière : un affrontement entre une droite gouvernementale en quête de renouveau et une droite nationale désormais en position d’aspirer à la victoire. Entre les deux, un centre fragilisé et une gauche morcelée.

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