Dix-sept ans après l’élection présidentielle qui l’a opposée à Nicolas Sarkozy qui est ce lundi sorti de prison, Ségolène Royal continue de revisiter l’Histoire avec la même constance que d’autres révisent leurs albums photos. Invitée sur TF1, l’ancienne candidate socialiste a suggéré, face caméra, que la « meilleure sanction » contre l’ex-chef de l’État aurait été « l’inversion des résultats ». Traduction : la proclamer présidente de la République en 2025 pour réparer une injustice supposée de 2007. Une revendication posée d’un ton posé, presque serein, que l’on réserve d’ordinaire aux bilans de vie ou aux demandes de remboursement sur facture EDF.
Selon Royal, il y aurait eu lors de cette campagne une « tricherie financière » documentée, lourde, presque évidente, qui aurait déséquilibré la compétition. Elle rappelle qu’à l’époque, « tout le monde avait vu » les moyens de l’équipe Sarkozy. On en vient à imaginer que la France entière aurait assisté à la finale présidentielle comme on regarde un match de Ligue 1, tout en regrettant que l’arbitre n’ait pas sifflé faute. Le souci, c’est que personne n’a prévu que le match puisse être rejoué dix-sept ans plus tard. Le règlement du jeu républicain demeure particulièrement obtus sur ce point.
Une nostalgie qui ne s’éteint pas
Reste que cette déclaration s’inscrit dans une longue tradition royale, celle de ne jamais refermer complètement la porte de 2007. Ce second tour perdu, elle l’a traditionnellement décrit comme « cruel », « injuste », parfois même « historique ». Et voici désormais l’idée d’un verdict correctif, symbolique, pourquoi pas moral. On s’attendrait presque à l’annonce d’une cérémonie, quelque part entre Blois et la salle des fêtes de Poitiers, où l’on viendrait déposer des bulletins posthumes dans une urne commémorative.
La comparaison entre la prison et l’Élysée, cependant, surprend. À entendre Ségolène Royal, rendre les clés de la présidence aurait été une sanction plus élégante, presque pédagogique. On ne sait pas ce qu’en pensera Nicolas Sarkozy lorsqu’il retrouvera le droit de parler aux membres du gouvernement sans commettre un délit, mais l’hypothèse d’un transfert de pouvoir « pour l’exemple » relève, pour l’instant, du roman politique alternatif,celui où l’Histoire serait écrite non par les vainqueurs, mais par les déçus qui ont de la suite dans les idées.