Roumanie : le centriste pro-européen Nicușor Dan remporte la présidentielle face au candidat d’extrême droite George Simion
Roumanie : le centriste pro-européen Nicușor Dan remporte la présidentielle face au candidat d’extrême droite George Simion

BUCAREST — Le candidat centriste et pro-européen Nicușor Dan a remporté dimanche le second tour de l’élection présidentielle roumaine, devançant nettement George Simion, figure montante de l’extrême droite nationaliste. Cette victoire marque un tournant décisif pour la Roumanie, ancien pays du bloc soviétique, à l’heure où nombre d’électeurs voyaient dans ce scrutin un choix géopolitique crucial entre l’Est et l’Ouest.

Avec plus de 99 % des bureaux de vote dépouillés, Nicușor Dan, actuel maire de Bucarest, l’a emporté avec 53,9 % des voix, contre 46,1 % pour Simion, chef du parti Alliance pour l’unité des Roumains (AUR). Ce résultat inverse totalement la dynamique du premier tour du 4 mai, où Simion avait largement devancé Dan et apparaissait comme le grand favori.

La forte participation, estimée à 64 %, a été déterminante. Elle a permis à Dan de rattraper son retard, notamment grâce aux quelque 1,64 million de Roumains de l’étranger ayant voté, soit près de 660 000 de plus qu’au premier tour. Devant des milliers de partisans réunis à Bucarest, certains brandissant des drapeaux européens, Dan a salué une mobilisation « extraordinaire » et tendu la main aux électeurs de son adversaire : « Nous avons une Roumanie à construire ensemble, quelles que soient nos préférences politiques. »

Dan, 55 ans, mathématicien de formation et ancien militant civique, s’est fait connaître pour son combat contre les abus immobiliers à Bucarest. Il a fondé en 2016 l’Union Sauvez la Roumanie, un parti réformiste qu’il a ensuite quitté pour se présenter en indépendant, sur une ligne pro-européenne affirmée, favorable à l’Ukraine et aux réformes fiscales.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué sa victoire sur X, félicitant les électeurs roumains d’avoir « choisi la promesse d’une Roumanie ouverte et prospère au sein d’une Europe forte ».

Le scrutin s’inscrivait dans un contexte tendu, marqué par l’annulation de l’élection présidentielle de 2024 à la suite d’accusations d’ingérence russe et de fraudes. Simion avait alors surfé sur la colère suscitée par cette décision, s’alliant au candidat d’extrême droite disqualifié, Calin Georgescu, qu’il avait promis de nommer Premier ministre.

Malgré des soupçons d’éventuelle contestation du résultat, Simion a reconnu sa défaite dans la nuit de dimanche à lundi, déclarant sur les réseaux sociaux : « Nous avons perdu le second tour. » Il a toutefois promis de poursuivre son combat politique au nom du « mouvement souverainiste, patriotique et conservateur ».

Cette élection redéfinit profondément la scène politique roumaine. Si elle marque un rejet des discours radicaux, elle révèle aussi une société profondément divisée, comme l’a souligné un analyste local : « La Roumanie sort de ce scrutin avec un paysage politique totalement renouvelé. » Le président roumain, élu pour cinq ans, détient un rôle clé en matière de sécurité nationale et de politique étrangère. Dan devra rapidement désigner un nouveau Premier ministre, après la démission de Marcel Ciolacu à la suite de la défaite de son camp.

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