BUCAREST – À une semaine du second tour de l’élection présidentielle en Roumanie, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté vendredi dans tout le pays pour réaffirmer leur attachement à l’Union européenne, dans un climat de vive inquiétude face à une possible victoire de l’extrême droite eurosceptique.
À Bucarest, plus de 15 000 manifestants se sont rassemblés dans les rues en agitant des drapeaux roumains et européens, scandant des slogans tels que « Russie, n’oublie pas que la Roumanie n’est pas à toi » ou encore « Nous voulons que notre pays avance et non recule ». Le mouvement s’inscrit dans un rejet clair du candidat arrivé en tête au premier tour, George Simion, figure nationaliste radicale âgée de 38 ans.
Simion, leader du parti Alliance pour l’Union des Roumains (AUR), s’est fait connaître par son opposition à l’aide militaire à l’Ukraine et ses critiques virulentes des institutions européennes. Se revendiquant du mouvement « Make America Great Again » de Donald Trump, il affrontera au second tour du 18 mai le maire centriste de Bucarest, Nicusor Dan.
Lors d’un débat télévisé tenu jeudi, Dan, qui brigue la présidence sous la bannière de la liste indépendante « Roumanie honnête », a réaffirmé son soutien sans équivoque à l’Union européenne et à l’aide à l’Ukraine. Simion, de son côté, a laissé entendre qu’il bloquerait une telle aide, préférant que l’Europe s’en remette uniquement à l’OTAN pour sa sécurité.
Des voix inquiètes se sont fait entendre dans les cortèges. Petre, un jeune salarié de 26 ans, confiait : « J’envisageais sérieusement de contracter un prêt pour un appartement, mais je ne sais pas si je le ferais si Simion devenait président. » D’autres, comme Alex, 19 ans, étudiant ayant bénéficié d’un programme européen de mobilité, s’inquiètent pour les libertés et les opportunités offertes par l’UE aux jeunes générations.
À Timisoara, des manifestants ont brandi une banderole proclamant « Mieux vaut mourir que fasciste », reflétant la nervosité croissante d’une partie de la population face à la montée de l’extrême droite.
Le président par intérim Ilie Bolojan a tenu à marquer la Journée de l’Europe par un message rassembleur : « Aujourd’hui, nous réfléchissons à ce que les 18 années d’adhésion à l’UE ont apporté à notre pays : plus d’opportunités, de meilleures infrastructures et la chance de prospérer dans une Europe unie. »